Rwanda

"Il y a un petit groupe qui monopolise les pouvoirs au détriment du peuple rwandais"
(Joseph Sebarenzi, membre de l’AREA)
par Mwamba Tshibangu, L’EXPRESS du 17 au 23 juillet 2001

 

Autant de bonnes questions, mais que dire des réponses ... !

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Sans vous le cacher, je crains pour ma vie. Mais, je suis personnellement réconforté car dans des pays comme celui-ci, nous courons effectivement moins de risques.

En exclusivité avec Joseph Kabuye Sebarenzi, ancien président de l’Assemblée Nationale du Rwanda devient de plus en plus absolu.

Joseph Kabuye Sebarenzi, membre de la Coordination de l’Alliance rwandaise pour la renaissance de la Nation (Arena), de passage à Toronto, s’est entretenu à bâtons rompus avec nous le samedi 14 juillet dans le hall de l’hôtel Prime Rose. Un grand meeting a été organisé par les dirigeants de l’Arena dans le cadre de la campagne de sensibilisation qu’ils mènent sur le terrain. La présence de plus de 200 membres de la communauté rwandaise de la Ville Reine du Canada qui ont répondu à cet appel est une indication de la crédibilité dont jouit ce nouveau diaspora rwandaise. M. Sebarenzi s’est dit très satisfait de cette audience qui est de très bon augure pour l’avenir de leur parti et du peuple rwandais.

Joseph K. Sebarenzi, père de cinq enfants, est licencié en sociologie. Il fut membre du parti libéral. Sa défection de l’emprise du Front patriotique rwandais, le parti au pouvoir, a été u coup dur pour le régime d’autant plus que l’ancien Président de l’Assemblée Nationale (mars 1997 janvier 2000) est Tutsi d’origine. Sa dissension politique revêt une grande valeur symbolique dans la mesure où elle rompt avec les idées reçues qui voudraient qu’il y ait une fidélité indéfectible aux membres de sa tribu, quelles soient leurs actions. Nous vous livrons, ci-dessous, l’intégralité de son entretien avec l’Express.

L’Express : Quel est l’état de la situation actuelle au Rwanda au regard des perspectives politiques relatives à l’instauration d’un dialogue entre le pouvoir et les opposants, toutes catégories confondues ?

Joseph Sebarenzi : La situation du Rwanda, à l’heure où je vous parle, est très inquiétante. Il y a un petit groupe qui monopolise tous les pouvoirs au détriment du peuple rwandais. Ce groupe refuse la création d’autres partis politiques et refuse le fonctionnement des partis existants. Ce qui nous amènent pratiquement à un monopartisme de fait. C’est vous dire que ce groupe, outre baigner dans la violation systématique des droits de la personne, est en train de consolider un pouvoir absolu qui ne privilégie pas la voie du dialogue.

L’Express : Si telle est la situation que vous nous décrivez, quelle est alors la part de l’Arena dans ce combat pour l’instauration d’un État de droit ?

Joseph Sebarenzi : Nous menons des discussions avec les communautés rwandaises à l’extérieur. L’objectif que nous poursuivons est de parvenir à les sensibiliser sur le danger que représente le groupe qui est au pouvoir. Celui-ci, contrairement à ce que l’on peut croire, ne représente pas tous les Tutsi et ne sert même pas leurs intérêts. Par contre, il est en train de ruiner le pays. Moi-même qui vous parle, je suis Tutsi et je ne peux cautionner des bavures de qui que ce soit. L’Arena dénonce donc les dérives de ce pouvoir et propose un autre mode de gouvernement où, c’est la nation rwandaise entière qui en tirera profit sur le plan économique et social.

L’Express : Votre dissension du FPR fut un acte extrême de courage politique; ne craignez-vous pas pour votre vie ?

Joseph Sebarenzi : Sans vous le cacher, je crains pour ma vie. Mais, je suis personnellement réconforté car dans des pays comme celui-ci (Ndlr : Canada et USA où il est exilé), nous courons effectivement moins de risques. Évidemment, je crains plus pour nos membres qui sont au pays. Nous agissons de manière à ce qu’ils ne soient pas identifiés au risque de mettre leurs vies en péril.

L’Express : Dans l’état actuel des choses, est-il possible de faire de la politque au Rwanda sans y mêler le discours ethnique ? En quoi l’Arena est-elle innovatrice sur ce plan ?

Joseph Sebarenzi : On ne peut éluder la question ethnique. Ces ethnies existent et il faut en prendre acte. Cependant, il faudra instaurer un climat de dialogue en mettant notamment des mécanismes pour que tous les membres de la communuiauté nationale vivent paisiblement et puissent participer à la gestion du pays.

L’Express : Le Rwanda, à votre avis, peut-il sortir un jour du lourd climat de génocide et envisager l’avenir avec sérénité ?

Joseph Sebarenzi : C’est extrêmement compliqué mais ce n’est pas impossible. Je ne pouvais pas m’imaginer qu’un jour il y aurait un parti politique comme l’Arena qui rassemble Tutsi et Hutus de manière qu’ils se disent les vérités en face et puissent s’entendre sur le fait qu’il y a eu le génocide et des massacres de part des uns et des autres et qu’ensemble ils puissent arrêter des mécanismes juridiques appropriés pour punir tous ceux qui ont commis des crimes graves contre l’humanité. Ce qui sous-entend que tous les planificateurs des massacres, qu’ils soient Hutu ou Tutsi devraient être poursuivis par la justice et répondre de leurs actes. Sur ce point, le tribunal pénal international devra continuer à nous aider pour incriminer tous ceux qui ont commis des actes de génocide. De toute façon, la persistance de ce problème est liée à une question de leadership. Nous avons en face de nous un leadership sans vision qui a construit son pouvoir sur la violence des uns contre les autres et sur l’exclusion non seulement des Hutu, mais aussi des Tutsi.

L’Express : Comment pensez-vous résoudre le problème des Interahamwe qui ont, comme vous le savez, des bases au Congo ?

Joseph Sebarenzi : Il y a à mon avis deux choses à faire : il faut d’abord créer des conditions politiques favorables au retour des réfugiés, particulièrement à ceux n’ayant pas participé au génocide. Ensuite, il faut créer les conditions pour mettre en place une justice équitable et restauratrice. Cette disposition permettra d’éviter de faire l’amalgame entre les Hutu ordinaires et les génocidaires. Quant aux pays limitrophes, ils doivent éviter d’appuyer ces mouvement parce qu’ils ne méritent pas le pouvoir pour la simple raison que, la prise du pouvoir par les armes ne peut résoudre la situation rwandaise, le cas du FPR le démontre si bien.

L’Express : Comment contourner, selon vous, une clause des Accords de Lusaka qui voudrait que les troupes étrangères ne se retirent du territoire congolais qu’après et non avant la tenue du dialogue intercongolais ?

Joseph Sebarenzi : Le dialogue intercongolais ne doit pas être une condition pour le retrait des troupes étrangères. Il faut plutôt respecter l’intégrité territoriale des pays voisins. Néanmoins, il serait urgent d’empêcher qu’il y ait des attaques des Interahamwe à partir du territoire congolais. Nous sommes aussi opposés au soutien de Kabila à ces mêmes milices. Pour nous de l’Arena, ce qui est important, c’est d’arriver à vivre en harmonie avec nos voisins congolais. C’est pour cette raison que nous oeuvrons pour une bonne pour une bonne politique d’intégration régionale qui va nous amener à une réconciliation avec le peuple congolais. Vous évoquiez, avec raison, les tentatives de blocage du processus devant aboutir au dialogue. Ce n’est pas dans l’intention des dirigeants rwandais actuels d’imposer le dialogue intercongolais au moment où Kagame lui-même n’adhère pas à ce schéma et refuse le principe d’un dialogue interwandais.

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