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Rwanda "Il
y a un petit groupe qui monopolise les pouvoirs au détriment du peuple
rwandais" |
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Autant de bonnes questions, mais que dire des réponses ... ! |
| Sans vous le cacher, je crains pour ma vie. Mais, je suis personnellement réconforté car dans des pays comme celui-ci, nous courons effectivement moins de risques. En exclusivité avec Joseph Kabuye Sebarenzi, ancien président de lAssemblée Nationale du Rwanda devient de plus en plus absolu. Joseph Kabuye Sebarenzi, membre de la Coordination de lAlliance rwandaise pour la renaissance de la Nation (Arena), de passage à Toronto, sest entretenu à bâtons rompus avec nous le samedi 14 juillet dans le hall de lhôtel Prime Rose. Un grand meeting a été organisé par les dirigeants de lArena dans le cadre de la campagne de sensibilisation quils mènent sur le terrain. La présence de plus de 200 membres de la communauté rwandaise de la Ville Reine du Canada qui ont répondu à cet appel est une indication de la crédibilité dont jouit ce nouveau diaspora rwandaise. M. Sebarenzi sest dit très satisfait de cette audience qui est de très bon augure pour lavenir de leur parti et du peuple rwandais. Joseph K. Sebarenzi, père de cinq enfants, est licencié en sociologie. Il fut membre du parti libéral. Sa défection de lemprise du Front patriotique rwandais, le parti au pouvoir, a été u coup dur pour le régime dautant plus que lancien Président de lAssemblée Nationale (mars 1997 janvier 2000) est Tutsi dorigine. Sa dissension politique revêt une grande valeur symbolique dans la mesure où elle rompt avec les idées reçues qui voudraient quil y ait une fidélité indéfectible aux membres de sa tribu, quelles soient leurs actions. Nous vous livrons, ci-dessous, lintégralité de son entretien avec lExpress. LExpress : Quel est létat de la situation actuelle au Rwanda au regard des perspectives politiques relatives à linstauration dun dialogue entre le pouvoir et les opposants, toutes catégories confondues ? Joseph Sebarenzi : La situation du Rwanda, à lheure où je vous parle, est très inquiétante. Il y a un petit groupe qui monopolise tous les pouvoirs au détriment du peuple rwandais. Ce groupe refuse la création dautres partis politiques et refuse le fonctionnement des partis existants. Ce qui nous amènent pratiquement à un monopartisme de fait. Cest vous dire que ce groupe, outre baigner dans la violation systématique des droits de la personne, est en train de consolider un pouvoir absolu qui ne privilégie pas la voie du dialogue. LExpress : Si telle est la situation que vous nous décrivez, quelle est alors la part de lArena dans ce combat pour linstauration dun État de droit ? Joseph Sebarenzi : Nous menons des discussions avec les communautés rwandaises à lextérieur. Lobjectif que nous poursuivons est de parvenir à les sensibiliser sur le danger que représente le groupe qui est au pouvoir. Celui-ci, contrairement à ce que lon peut croire, ne représente pas tous les Tutsi et ne sert même pas leurs intérêts. Par contre, il est en train de ruiner le pays. Moi-même qui vous parle, je suis Tutsi et je ne peux cautionner des bavures de qui que ce soit. LArena dénonce donc les dérives de ce pouvoir et propose un autre mode de gouvernement où, cest la nation rwandaise entière qui en tirera profit sur le plan économique et social. LExpress : Votre dissension du FPR fut un acte extrême de courage politique; ne craignez-vous pas pour votre vie ? Joseph Sebarenzi : Sans vous le cacher, je crains pour ma vie. Mais, je suis personnellement réconforté car dans des pays comme celui-ci (Ndlr : Canada et USA où il est exilé), nous courons effectivement moins de risques. Évidemment, je crains plus pour nos membres qui sont au pays. Nous agissons de manière à ce quils ne soient pas identifiés au risque de mettre leurs vies en péril. LExpress : Dans létat actuel des choses, est-il possible de faire de la politque au Rwanda sans y mêler le discours ethnique ? En quoi lArena est-elle innovatrice sur ce plan ? Joseph Sebarenzi : On ne peut éluder la question ethnique. Ces ethnies existent et il faut en prendre acte. Cependant, il faudra instaurer un climat de dialogue en mettant notamment des mécanismes pour que tous les membres de la communuiauté nationale vivent paisiblement et puissent participer à la gestion du pays. LExpress : Le Rwanda, à votre avis, peut-il sortir un jour du lourd climat de génocide et envisager lavenir avec sérénité ? Joseph Sebarenzi : Cest extrêmement compliqué mais ce nest pas impossible. Je ne pouvais pas mimaginer quun jour il y aurait un parti politique comme lArena qui rassemble Tutsi et Hutus de manière quils se disent les vérités en face et puissent sentendre sur le fait quil y a eu le génocide et des massacres de part des uns et des autres et quensemble ils puissent arrêter des mécanismes juridiques appropriés pour punir tous ceux qui ont commis des crimes graves contre lhumanité. Ce qui sous-entend que tous les planificateurs des massacres, quils soient Hutu ou Tutsi devraient être poursuivis par la justice et répondre de leurs actes. Sur ce point, le tribunal pénal international devra continuer à nous aider pour incriminer tous ceux qui ont commis des actes de génocide. De toute façon, la persistance de ce problème est liée à une question de leadership. Nous avons en face de nous un leadership sans vision qui a construit son pouvoir sur la violence des uns contre les autres et sur lexclusion non seulement des Hutu, mais aussi des Tutsi. LExpress : Comment pensez-vous résoudre le problème des Interahamwe qui ont, comme vous le savez, des bases au Congo ? Joseph Sebarenzi : Il y a à mon avis deux choses à faire : il faut dabord créer des conditions politiques favorables au retour des réfugiés, particulièrement à ceux nayant pas participé au génocide. Ensuite, il faut créer les conditions pour mettre en place une justice équitable et restauratrice. Cette disposition permettra déviter de faire lamalgame entre les Hutu ordinaires et les génocidaires. Quant aux pays limitrophes, ils doivent éviter dappuyer ces mouvement parce quils ne méritent pas le pouvoir pour la simple raison que, la prise du pouvoir par les armes ne peut résoudre la situation rwandaise, le cas du FPR le démontre si bien. LExpress : Comment contourner, selon vous, une clause des Accords de Lusaka qui voudrait que les troupes étrangères ne se retirent du territoire congolais quaprès et non avant la tenue du dialogue intercongolais ? Joseph Sebarenzi : Le dialogue intercongolais ne doit pas être une condition pour le retrait des troupes étrangères. Il faut plutôt respecter lintégrité territoriale des pays voisins. Néanmoins, il serait urgent dempêcher quil y ait des attaques des Interahamwe à partir du territoire congolais. Nous sommes aussi opposés au soutien de Kabila à ces mêmes milices. Pour nous de lArena, ce qui est important, cest darriver à vivre en harmonie avec nos voisins congolais. Cest pour cette raison que nous oeuvrons pour une bonne pour une bonne politique dintégration régionale qui va nous amener à une réconciliation avec le peuple congolais. Vous évoquiez, avec raison, les tentatives de blocage du processus devant aboutir au dialogue. Ce nest pas dans lintention des dirigeants rwandais actuels dimposer le dialogue intercongolais au moment où Kagame lui-même nadhère pas à ce schéma et refuse le principe dun dialogue interwandais. |