Une candidature
ou une aventure. Après de telles déclarations, comment ose-t-on !


Un trou de mémoire ? Peut-être. Un manque de considération au peuple rwandais ? Non je ne pense pas. Négationisme ? Oui probablement. Un qu'est-ce-que-j'ai-à-perdre ? Ça a plus l'air à ça. Un désespoir ? Ça s'expliquerait aussi...! Dans tous les cas, il y a beaucoup de zones d'ombre dans le tourbillon politique de Monsieur Rukokoma. Sinzi ko hari uzawunnywa !

Bref, nasomye archives nyinshi rattachés à son cheminement politique (avant, pendant et après le génocide des Tutsi), nsanga ari ngomba kubibageza ho namwe. Niyo waba warabisomye kera, wongere ubisome, c'est encore plus d'actualité, aujourd'hui plus qu'hier.

C'est trop facile, naïf même, de croire qu'on peut scier une branche sur laquelle on est assis, puis s'en tirer à bon compte, si l'on arrive à admettre qu'on s'en tire...: 2 documents ci-après


(A)- Kinyarwandan Section: International Criminal Tribunal for Rwanda (ICTR)

TWAGIRAMUNGU YAVUGIYE BA NTAKIRUTIMANA (BBC, 5 Fev 2002) TWAGIRAMUNGU A TEMOIGNE POUR LA DEFENSE DES NTAKIRUTIMANA

BBC kinyarwanda le 5 février 2002


Résumé

L'ex-premier ministre rwandais, Faustin Twagiramungu, a été le premier témoin de la défense dans le procès conjoint du pasteur Elizaphan Ntakirutimana et de son fils, le Dr Gérard Ntakirutimana.

Umutwe

Fawustini Twagiramungu, wahoze ayobora ishyaka rya MDR, akaza no kuba minisitiri w'intebe muri guverinoma yakurikiye itsembabwoko ryabaye mu Rwanda muri 1994, aravuga ko ubwo bwicanyi butateguwe nk'uko ubushinjacyaha bubyemeza.

Igihimba

Faustini Twagiramungu, ubu uba mu Bubiligi, asobanura ko kuva muri 1992, ibiro bishinzwe iperereza byari mu biro bya minisitiri w'intebe byagenzurwaga n'ishyaka rya MDR yari abereye umuyobozi, bityo akavuga ko iyo haba itegurwa ry'umugambi w'itsembabwoko, nta kuntu batari kuwumenya mw'ishyaka rye.
Twagiramungu, watanze ubuhamya bwe mu rurimi rw'icyongereza, avuga ko Abanyarwanda baticanye kubera ko bari Abahutu cyangwa Abatutsi, kuko ubundi ngo bari basanzwe bumvikana, ahubwo ngo abantu bari bafite inyota y'ubutegetsi nibo bakoresheje iyo ntwaro y'ivangurakoko kugira ngo babugereho.

Yemeza ko ku ruhande rumwe hari ishyaka rya MRND n'abari barishyigikiye bashakaga kugundira ubutegetsi, ku rundi ruhande hakaba umutwe wa FPR-Inkotanyi washakaga kubufata ku bw'imbunda. Twagiramungu kandi avuga ko mu bwicanyi bwo muri 1994 , hatapfuye Abatutsi bonyine, ko ahubwo hishwe n'Abahutu benshi, akavuga rero ko hatari hagambiriwe kwicwa Abatutsi gusa, ahubwo hicwaga abantu bose batavugaga rumwe n'ubutegetsi bwariho, kandi ko na FPR ngo yishe abantu batari bake.

Ku bwa Twagiramungu, urupfu rwa perezida Yuvenali Habyarimana ngo nirwo rwabaye imbarutso y'ubwicanyi, we ngo agakeka ko FPR ariyo yamuhitanye, bityo akaba ariyo yatumye ibintu bidogera, ikabyuririraho kugira ngo igere ku butegetsi. Uwahoze ari ministri w'intebe w'u Rwanda kandi ashyira mu majwi umuryango mpuzamahanga, ngo utaragize icyo ukora kugira ngo ukome imbere ubwo bwicanyi, ndetse ukaba utaranakora iperereza risesuye kuri ubwo bwicanyi, ku buryo ngo usanga buri wese abwivugira uko yishakiye.

Twagiramungu, ubaye umutangabuhamya wa mbere mu bavugira pasiteri Elizaphan Ntakirutimana n'umuhungu we Dr Gérard Ntakirutimana, avuga ko uwo muryango awuzi neza, ko nta ruhare washoboraga kugira mu bwicanyi bwakorerwe Abatutsi mu karere ka Mugonera muri Kibuye, aho baregwa kuba barakoze itsembabwoko. Uhagariye ubushinjacyaha we yanyomoje Twagiramungu, amubwira ko atari kumenya ko itsembabwoko ryariho ritegurwa, kuko ngo bamushyiraga mu majwi bamwita icyitso cy'Inkotanyi.

Balthazar Nduwayezu, Fondation Hirondelle, Arusha. BN/AT/FH(BBC-0205)

Ibiro bitara amakuru, bigakusanya ibitabo, bikanahugura abanyanyamakuru (IDTA) bya Fondation Hirondelle ku rukiko mpuzamahanga rwashyiriweho u Rwanda, Agasanduku k'iposita 6191, Arusha, Tanzaniya.

Tel/fax isanzwe: + 1.212.963.28.50 ugasaba 52.18 cyangwa 52.36
Telefoni igendanwa : + 255.741.51.09.77 cyangwa 51.08.94
E-mail: hirondelle@habari.co.tz cyangwa hirondelle1@habari.co.tz

Aya makuru mwemerewe kuyaha abandi ariko ku buntu, basabwa gusa kuvuga aho yaturutse iyo bayakoresheje kandi ntibahindure ibivugwamo. Uyu mushinga uterwa inkunga na minisiteri y'ububanyi n'amahanga y'Ubuholandi n'iya Norvège, guverinoma y'Ubusuwisi, ibiro by'Ubwongereza bishinzwe ububanyi n'amahanga n'ibihugu bwahoze buyobora, Ishami ryo muri Suède rishinzwe ubutwererane n'amahanga mu by'amajyambere, n'Umuryango w'ubumwe bw'Uburayi.



On ne peut pas aimer le miel et sous-estimer les abeilles en même temps...!


 

C’est tout l’effet que ça me fait vraiment. Vu avec des yeux nouveax, (avec le recul comme il dit), il y a beaucoup d’aveux plutôt souspicieux et même troublants dont il faudrait tirer au clair. J’espère qu’il arrivera à le faire. Ces Hutu extrémistes avaient-ils une puissance "machettière" ? Ironise Twagiramungu en riant (devine-t-on en lisant ceci). Lisez la suite et jugez-en vous-même ce compte-rendu à l’issue de son intervention à Paris :

Audition de Faustin Twagiramungu
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Note au lecteur :
Ce document d’archive appartient intégralement à son auteur, (qui n’est pas moi comme vous le devinez). Il n’est transposé sur mon site web que pour fins d’une plus large rediffusion au niveau de la communauté rwandaise, potentiellement intéressée ou non, par la candidature de Twagiramungu Faustin à la présidence de la République Rwandaise.

A. Rurangwa
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Étaient présents :

Membres de la Commission de la Défense : M. Bernard Cazeneuve (PS), M. François Lamy (PS), M. Paul Quilès (PS), M. René Galy Dejean (RPR), M. JeanLouis Bernard (UDF), M. Michel Voisin (UDF). Suppléants : M. Guy Michel Chauveau (PS), M. Didier Boulaud (PS), M. Charles Cova (RPR), M. Antoine Carré (UDF). Membres de la Commission des Affaires étrangères : M. Pierre Brana (PS), M. Yves Dauge (PS), M. François Loncle (PS), M. Jean Claude Lefort, M. Jacques Desallangre (RCV), M. Roland Blum (UDF), M. Jean Bernard Raimond (RPR), M. Jacques Myard (RPR). Suppléants : Mme Martine Aurillac (RPR), M. Patrick Delnatte (RPR).

Paul Quilès : Remerciements. Dès mars 1991, fondation du MDR, en septembre 1992, vous devenez président du MDR, le 23/7/1993, vous êtes candidat au poste de Premier Ministre, puis ce sont les événements tragiques d'avril 1994. Le 17 juillet 1994, vous êtes Premier Ministre du gouvernement dont vous démissionnez le 25 août 1995. Vous avez donc une connaissance directe et approfondie des événements.

(B)- “Intervention de M. Faustin Twagiramungu à la Mission d'Information sur les opérations militaires menées par la France, d'autres pays et l'ONU
au Rwanda entre 1990 et 1994”


Monsieur le Président,
Mesdames, Messieurs les Députés,

Je ne prétends pas être un expert de l'histoire et de la politique de mon propre pays. Cette qualité, je préfère la laisser aux chercheurs de différentes institutions, aux spécialistes du Rwanda et à diverses associations occidentales de l'humanitaire et de défense de droit de l'homme. Certains parmi eux sont passés avant moi devant vous et ils vous ont dit, à leur façon, comment ils suivaient de loin la situation de mon pays. Moi je vais vous dire ce que j'ai vu et vécu, et non ce que j'ai lu ou entendu.

Le processus de démocratisation

Le Président Habyarimana, après la conférence de La Baule en juin 1990, avait décidé de déclarer dans un discours historique, le 5 juillet 1990, que son parti le Mouvement Révolutionnaire National pour le Développement, MRND, allait subir une révision, un aggiornamento. A cette occasion, il précisa que le pays allait connaitre un processus de démocratisation sous la bannière d'un système multipartite en suspens depuis 1965.

Pour le prendre au mot, 33 Rwandais, dont moi même, lui ont adressé une déclaration le ler septembre 1990 lui transmettant une déclaration confirmant qu'effectivement le peuple rwandais manifestait un grand intérét pour le rétablissement d'un système multipartite dans le pays. Nous avons dès lors commencé à élaborer les programmes et les statuts de nos différentes formations politiques, en attendant que la nouvelle constitution soit promulguée et la loi sur les partis politiques publiée dans le journal officiel.

En juillet 1991, les premiers partis politiques étaient agréés et commençaient leurs meetings publics en août 1991. En janvier 1992, ces partis réclamaient déjà leur participation à un gouvernement de transition devant conduire aux élections démocratiques. Face à la résistance du Président de la République de répondre rapidement à cette interpellation, les partis politiques d'opposition ont décidé de faire une manifestation qui a mobilisé près de cinquante mille personnes dans la ville de Kigali. Ayant remarqué que l'opposition naissante représentait une force redoutable dans le pays, le Président Habyarimana a accepté de négocier avec les responsables de ces partis en vue d'un partage du pouvoir sur base d'un programme gouvernemental minimum. Le Gouvernement sera mis en place et sera dirigé par un membre du parti MDR, Mouvement Démocratique Républicain, Monsieur Dismas Nsengiyaremye.

La guerre et le processus de démocratisation

Le ler octobre 1990, l'Ouganda impose au Rwanda une guerre qui va durer pendant quatre ans. Une guerre bien préparée sur le plan médiatique. Elle était dirigée par un Vice Ministre de la Défense et Chef d'Etat major de l'armée ougandaise (National Resistance Army, NRA) le Général Major Fred Rwigyema qui, après sa mort sur le champ de bataille après deux jours de combat, sera remplacé par le Major Paul Kagame, alors chef des renseignements militaires de l'armée ougandaise, actuellement l'homme fort du Rwanda.

Les raisons de l'attaque

Le FPR s'était présenté comme une organisation démocratique représentant 2,5 millions de Rwandais de la diaspora. Il accusait le régime du Président Habyarimana d'être dictatorial et d'avoir refusé leur retour pacifique dans le pays. L'acceptation par le Président Habyarimana du retour des réfugiés rwandais suite à sa déclaration faite à Semmuto en Ouganda en 1989, lors de sa visite officielle, l'accord intervenu entre le Haut Commissariat pour les Réfugiés (HCR), l'Ouganda et le Rwanda pour étudier les modalités pratiques de ce retour, ainsi que l'ouverture de son pays à un système multipartite pour mettre fin à sa propre dictature, constituaient un changement positif et rapide de l'attitude du Président rwandais quant à la question des réfugiés et de sa politique intérieure. Le FPR n'allait donc pas trouver d'argumentations sur ces deux points précis qui constituaient l'ossature de sa campagne médiatique.

Pour mieux comprendre cette situation inconfortable pour le FPR, rappelons que depuis 1989 différentes réunions de la commission tripartite sur la question des réfugiés s'étaient tenues au Rwanda et en Ouganda pour examiner la faisabilité du retour des réfugiés rwandais. De plus, une dernière réunion de finalisation du dossier devait avoir lieu à Kigali au courant du mois d'octobre 1990. Par ailleurs, déjà dès septembre 1990, les partis politiques avaient commencé à se structurer, en attendant leur officialisation pour se manifester publiquement.

Cette guerre soutenue par l'Ouganda en guise de récompense des services rendus à Museveni par les Rwandophones qui lui ont facilité sa victoire sur le régime OBOTE II et OKELLO en janvier 1986, s'était fixé comme objectif le démentèlement de l'État rwandais et la conquète d'un pouvoir sans partage par tous les moyens. En définitive, les raisons officielles avancées par le FPR pour lancer son attaque contre le Rwanda, à savoir la démocratie et le retour des réfugiés, dissimulaient les vraies causes de cette prise du pouvoir sans partage. La situation actuelle du pays est plus qu'éloquente à ce sujet.

Les moments qui ont marqué cette guerre sont :

1. Les assassinats des paysans de la préfecture de Byumba par le FPR, dans le nord du pays, ce qui provoqua chez eux la panique et un nombre croissant de déplacés parmi eux. Ils sont près de 300 000 en juin 1992. J'ai visité moi même les camps de déplacés au cours de cette année, et je connais quelle était la misère des gens contraints à l'exil dans leur propre pays.
2. La libération de la prison de Ruhengeri dans le nord ouest du Rwanda. Cette opération a fortement affaibli la crédibilité du gouvernement rwandais et a éveillé la conscience du peuple rwandais sur l'existence de la guerre.
3. Les assassinats des paysans au Bugesera au sud de Kigali par les agents du MRND.
4. Les massacres des paysans Bagogwe par les agents du MRND dans les préfectures de Ruhengeri et de Gisenyi, ainsi que les massacres de Kibirira dans cette dernière préfecture.
5. Les massacres des paysans Bahutu par le FPR en sous préfecture de Kirambo, en préfecture de Ruhengeri, dans le nord du pays.
6. La reprise des hostilités à grande échelle par le FPR en février 1993 sous prétexte d'arréter les massacres. Le FPR avance ses troupes jusqu'à 20 kilomètres de Kigali et s'empare d'une bonne partie de la préfecture de Byumba.
7. Les déplacés viennent de Ruhengeri et de Byumba en fuyant le FPR pour s'installer à Nyacyonga à 6 kilomètres de la capitale Kigali. Ils sont estimés à presque 1 million de personnes sans abris et éparpillées dans cette région affectée par la guerre.

Malgré la guerre, le processus de démocratisation a continué dans le pays et le gouvernement de transition a concentré, depuis juin 1992, tous ses efforts sur les négociations de paix plus que sur l'organisation de la conférence nationale qui avait admirablement mobilisé un très grand nombre parmi la population.

Les effets de cette guerre sur les partis politiques seront les divisions en leur sein suivant certains clichés. Les modérés soutenaient le retour pacifique des Rwandais à travers la signature d'un accord de paix tandis que les Hutu power proches du MRND soutenaient à tout prix la victoire militaire des FAR sur les forces du FPR. Ceux qui voulaient la paix négociée, comme moi méme, étaient globalement appelés les a complices » du FPR.

Le rôle de la France dans le processus de démocratisation

La France a joué un rôle important dans le processus de démocratisation au Rwanda, d'abord dans un cadre plus large, celui des exigences du respect de l'Etat de droit, des droits de l'homme et des principes démocratiques pour permettre un développement harmonieux dans tous les pays africains bénéficiant de l'aide de l'Etat français, comme cela avait été indiqué à La Baule par le Président Mitterrand, et ensuite dans un cadre plus particulier.

Ce cadre particulier est celui où la France intervenait pour donner des conseils aux partis politiques et en même temps pour exercer des pressions sur le Président Habyarimana en vue de laisser ces partis continuer leurs activités malgré la guerre qui pesait lourdement sur le pays. Je me souviens que Monsieur Dijoud, alors directeur des Affaires africaines au Quai d'Orsay, est passé à Kigali où il a réuni les responsables des partis d'opposition pour leur demander d'aller de l'avant, mais tout en cherchant une meilleure collaboration avec le Président de la République rwandaise.

Les responsables des partis politiques de l'opposition sont venus à Paris pour y rencontrer les responsables en charge des dossiers du Rwanda. À Kigali, ces mêmes responsables des partis, dont moi même en ma qualité de Président du MDR, rencontraient souvent l'Ambassadeur de France, M. Martre et après son départ M. Marlaud, pour discuter des questions de démocratisation de notre pays ainsi que des questions liées à la guerre et aux négociations d'Arusha. Ces rencontres et la pression de la France sur le Président de la République et son parti le MRND ont permis d'amorcer les véritables négociations de paix avec le FPR.

À noter que les négociations préliminaires entre le Gouvernement rwandais et le FPR ont eu lieu à Paris du 6 au 8 iuin 1992 sous les auspices de la France. Elles ont permis de fixer le calendrier et de définir les points essentiels à débattre pour les prochaines étapes. Avec la guerre qu'il ne pouvait mener dans l'isolement et conscient de la pauvreté de son pays, le Président Habyarimana a eu besoin d'une assistance non pas pour organiser le génocide, mais pour défendre un pays attaqué.

La coopération franco rwandaise

Peu après son indépendance, le Rwanda avait fait son choix en adhérant aux organisations régionales des pays francophones d'Afrique. C'est ainsi qu'il fut agréé comme membre de l'UAM, Union Africaine et Malgache, en 1962, qui deviendra plus tard l'Organisation Commune Africaine et Mauricienne, OCAM. À cet effet, le Rwanda devient également membre des organismes spécialisés de cette institution tels l'UAMPT, l'IAMSEA...

L'arrivée au pouvoir du Président Habyarimana en 1973 renforcera la coopération bilatérale entre le Rwanda et la France dans divers domaines. C'est dans cette optique notamment que furent conclus des accords de coopération militaire avec la France en 1975, diversifiant ainsi ses partenaires. Les rapports entre le Président Mitterrand et le Président Habyarimana ne sont pas spéciaux, à mon avis, ils résultent d'une coopération qui s'est tissée au fil du temps.

Cependant ces rapports en ce qui concerne le régime du Président Habyarimana n'étaient pas sans intérêt surtout pour un petit pays comme le Rwanda, qui n'a pas été colonisé par la France, et qui aspirait à entretenir de bonnes relations avec une grande puissance. Ce qui n'est que naturel. De plus, le Rwanda d'alors étant un pays francophone, la population rwandaise était prédisposée, si l'on tient compte de la dimension culturelle, à communiquer plus facilement avec le peuple français. Cette coopération a permis, entre autres, la création d'une gendarmerie nationale ainsi que la formation des officiers gendarmes. L'École de la Gendarmerie Nationale (ELENA) est le fruit de cette coopération. Mais la coopération franco rwandaise ne se limitait pas uniquement aux questions de sécurité. Elle s'étendait en plus à d'autres domaines notamment économique et surtout socio culturel.

La France, par l'intermédiaire de la Caisse de Coopération Economique, a assisté le Rwanda dans divers projets de développement. Elle est intervenue dans divers domaines en construisant une école primaire appelée Ecole française à Kigali, un Lycée à Kigali, un immense et joli Centre culturel francorwandais, en formant les agronomes au Groupe scolaire de Butare, en envoyant des professeurs à l'Université nationale du Rwanda et dans divers collèges, en prenant en charge l'hôpital de Ruhengeri, en participant à la promotion du tourisme par la construction de l'Hôtel Méridien de Kigali et de Gisenyi, en construisant le centre d'accueil des Chefs d'État de la conférence franco africaine, le village Urugwiro, en établissant le jumelage entre la préfecture de Butare et le département du Loiret, et bien entendu en élargissant la coopération militaire limitée alors à la formation.

L'intervention de la France, en même temps que celle de la Belgique et du Zaïre, en octobre 1990, s'inscrit dans un cadre précis non seulement des accords de coopération militaire mais encore dans celui des bonnes relations établies entre les deux pays. Dans l'opposition, nous avons dénoncé les crimes du Président Habyarimana, notamment l'assassinat mystérieux de son prédécesseur, de certains de ses ministres. Nous l'avions accusé également de la mauvaise gouvernance, notamment le népotisme qui passait par l'«akazu», la constitution d'une armée régionale au lieu d'une armée nationale, le manque d'un projet de société répondant aux aspirations citoyennes de vivre ensemble.

Dictateur fatigué, M. Habyarimana n'a jamais été accusé d'être l'ennemi des Tutsis en faveur desquels il avait fait son coup d'État et pour lesquels il a ouvert le secteur privé où ils étaient devenus prospères. Les analystes de la crise rwandaise devraient éviter l'amalgame lorsqu'il s'agit de traiter la question des Tutsis de l'intérieur sous le régime du Président Habyarimana et celle des réfugiés tutsis établis dans les pays limitrophes depuis trente ans. Ils étaient différents non seulement sur le plan culturel mais encore sur le plan numérique. Ceci dit, la guerre dite de libération n'a jamais été souhaitée ni par les Tutsis de l'intérieur d'une manière générale, ni par les Hutus de l'opposition ni même par plusieurs réfugiés eux mêmes pour lesquels le retour pacifique était en passe d'être réglé.

Détachement Noroit

Après l'attaque du FPR début février 1993, les partis politiques d'opposition et le parti du Président Habyarimana, le MRND, étaient convenus d'envoyer une délégation commune pour rencontrer le FPR à Bujumbura en vue de négocier avec celui ci le retrait de ses troupes de la région de Byumba et des environs proches de Kigali. Le MRND refusa à la dernière minute de se joindre à cette délégation. Arrivés à Bujumbura, les membres de la délégation des partis politiques de l'opposition se trouvèrent devant la délégation du FPR qui était déterminée à accepter le retrait de ses forces militaires uniquement si les Forces françaises acceptaient de faire de même en quittant le Rwanda. Comme ces partis politiques privilégiaient la solution négociée et que les Accords de paix prévoyaient le déploiement d'une force militaire internationale pour leur mise en application, le retrait du FPR des zones occupées en février 1993 et le départ des troupes françaises constituaient un compromis acceptable.

Les partis d'opposition recommandèrent au Gouvernement d'examiner la faisabilité de ce retrait des troupes françaises. Ces troupes quitteront le Rwanda avec l'arrivée des forces de la Mission des Nations Unies au Rwanda au mois de novembre 1993.

La signature de l'accord de paix et les difficultés de sa mise en application

La signature de l'Accord de Paix d'Arusha, négocié pendant 14 mois sous 1'égide de l'OUA, 1'ONU, et des grandes puissances dont la France, l'Allemagne, les ÉtatsUnis et la Belgique, avait donné espoir au peuple rwandais qui croyait se mettre à 1'abri d'une débâcle en signant cet accord. Nous étions tous convaincus, y compris le Président HABYARIMANA, que la paix était possible au Rwanda jusqu'à ce que M. NDADAYE, Président du Burundi, soit assassiné par les extrémistes au sein de l'armée burundaise à dominance tutsie. C'était le 21 octobre 1993.

La mort du Président du Burundi, Melchior NDADAYE, démocratiquement élu, déçut beaucoup de Rwandais et ébranla leur confiance dans le principe de la coexistence pacifique fondée sur le partage du pouvoir entre les composantes de la sociéte rwandaise prôné par l'Accord de paix. Le retard de plus de deux mois dans la constitution et l'envoi de la force internationale au Rwanda, dont l'arrivée était initialement prévue dans 37 jours à partir de la date de la signature de l'Accord, fut un autre élément qui a contribué à la tergiversation dans la mise en application de l'Accord de Paix.

Comme le gouvernement de transition à base élargie, prévu par l'Accord de Paix d'Arusha, n'avait pas pu étre mis en place à la date prévue, à cause du retard dans le déploiement des forces de la MINUAR, le parti CDR, Coalition pour la Défense de la République, profita de cette brèche pour réclamer sa participation aux institutions prévues par l'Accord alors qu'il avait auparavant clairement exprimé qu'il n'en sera pas partie prenante par son refus de signer le Code d'éthique politique, préalable à toute participation à ces institutions. Cette manoeuvre visant à changer les termes de l'Accord servit d'occasion au FPR pour radicaliser ses positions en refusant d'envoyer ses députés à la cérémonie de prestation de serment prévue dans cet accord pour la mise en place du Parlement de transition à base élargie.

Le FPR s'activa surtout dans la préparation de la guerre au vu et au su de tout le monde par les signaux suivants :

• le creusement de tranchées en pleine capitale
• le transport clandestin de ses militaires de la zone de Mulindi sous son contrôle vers la ville de Kigali en vue d'augmenter son effectif pour les combats en prévision.

Le Président Habyarimana avait tenté en vain de s'entretenir en tête à tête avec le Général Kagame pour essayer d'aplanir les divergences quant à la mise en place des institutions avant l'arrivée du bataillon FPR dans la capitale. C'est ainsi que le Président Museveni avait accepté d'organiser une rencontre à Entebbe au mois d'octobre 1993. Je faisais partie de la délégation en ma qualité de Premier Ministre désigné par l'Accord de Paix. Après les civilités d'usage, il fut question de la rencontre en téte à tête entre les deux protagonistes. Cette rencontre n'aura malheureusement pas lieu car Kagame refusa de rencontrer Habyarimana.

Déçu par ce manque d'ouverture de la part d'un adversaire politique mais futur partenaire, Habyarimana se résolut alors à radicaliser lui même ses positions. Cette radicalisation ne profita qu'à Kagame qui en fit une exploitation politique et surtout médiatique pour diaboliser davantage son adversaire. L'Accord d'Arusha n'avait laissé aucun pouvoir au Président Habyarimana, sauf celui de cosigner avec un Premier Ministre de l'opposition certaines lois et documents officiels. Après 20 ans de pouvoir sans partage, il était difficile pour un dictateur de comprendre comment il aurait lui même signé un accord qui mettait presque fin à ses fonctions. Les rumeurs de destitution du Président Habyarimana propagées à Kigali par le FPR contribueront encore davantage à renforcer la résistance à la mise en application de l'accord et à chercher des appuis dans d'autres partis politiques en vue de constituer une minorité de blocage au Parlement.

Le 5 janvier 1994, M. Habyarimana, croyant avoir atteint son objectif de disposer de cette minorité de blocage, accepta de prêter serment conformément à l'Accord de Paix d'Arusha sans se soucier des procédures légales régissant la désignation des membres du Parlement de transition à base élargie. Tout compte fait, les principales raisons qui ont entravé la mise en application de l'Accord de Paix d'Arusha peuvent étre résumées comme suit :

• la formation et l'entraînement des milices,
• la politisation de l'armée,
• la radio des Milles collines,
• la division du MRND en deux factions non déclarées,
• le bras de fer entre le Premier Ministre de l'opposition et le Président de la République,
• le départ des Français,
• la présence du bataillon FPR à Kigali
• la faiblesse de la MINUAR,
• la faiblesse de la gendarmerie et son manque de neutralité,
• la division des partis en factions modérées et Hutu power,
• la monopolisation des négociations de l'Accord de Paix par certains Ministres de l'opposition et le FPR,
• la marginalisation du Président de la République,
• les menaces non réprimées des extrêmistes du parti CDR soutenu par certains extrémistes du MRND,
• la distribution d'armes par le FPR et le MRND à certaines personnes membres des deux formations belligérantes,
• les assassinats des leaders comme Gapyisi en mai 1993, Gatabazi et Bucyana en février 1994,
• la propagande sur la Radio Muhabura du FPR,
• l'incompétence du Représentant Spécial du Secrétaire Général, le camerounais Roger BOOH BOOH et de ses collaborateurs civils inexpérimentés dans la résolution des conflits, le conflit d'autorité entre le Général Dallaire, commandant de la MINUAR et le Représentant du Secrétaire Général,
• les préparations de la guerre par le FPR, le creusement des tranchées, le déploiement de ses agents à travers le pays dans le but d'y créer la confusion et d'inciter les populations à la violence,
• Avec l'assassinat du président du parti CDR, Martin Bucyana, en février 1994 , précédé de celui du ministre Gatabazi, secrétaire exécutif du Parti Social Démocrate, PSD, ainsi que des massacres qui s'en sont suivis à Kigali, les extrémistes des deux bords espéraient que ces incidents graves allaient favoriser la reprise des hostilités mettant ainsi un terme à l'Accord de Paix. En considération de toutes ces causes, le rôle de la France dans la crise rwandaise n'apparait pas.

L'échec de la Minuar et le rôle de l'opération Turquoise

Tardivement, c'est à dire un peu plus de deux mois depuis le début du génocide, la France, seule contre tous, est parvenue difficilement à faire passer une résolution au Conseil de sécurité des Nations Unies pour une intervention au Rwanda, afin d'empêcher les massacres des populations innocentes, dans le sud du pays où c'était encore possible d'intervenir grâce à l'Opération Turquoise.

A cet effet la France a fait son possible. Elle a soigné les blessés et les malades et a enterré les morts laissés sur les routes et dans les brousses par les Interahamwe. Elle a surtout permis de sauver des vies humaines. La zone humanitaire sûre a été créée après des consultations entre la France et le Président ougandais, selon ce que ce dernier m'a confirmé lui méme le 13 juillet 1994 à l'occasion d'une audience qu'il m'a accordée à sa résidence privée non loin de Mbarara dans le sud ouest de l'Ouganda, lors de mon passage à Kampala à destination de Kigali.

Le souhait du Président français, selon M. Museveni était non seulement de créer une ligne de démarcation entre cette zone et la zone occupée par le FPR, mais aussi d'arrêter les massacres et la guerre en vue d'inviter les belligérants à négocier un cessez le feu. II m'a dit qu'il avait communiqué cette option du Président français au Général Kagame qui l'a tout simplement rejetée, préférant continuer la guerre jusqu'à la victoire finale.

Il est bien évident que si les forces américaines, françaises et belges, stationnées au Rwanda et dans la région, au début du génocide, en attente de l'évacuation de leurs ressortissants respectifs, avaient été autorisées à temps par une résolution des Nations Unies, à se transformer en une et unique Opération Turquoise, le génocide et les massacres n'auraient certainement pas eu lieu. Les Nations Unies ont commis une erreur très grave d'avoir accepté le retrait de la MINUAR pendant le génocide au lieu de la renforcer et face à la gravité de la situation, changer même son mandat.

Si la France était à cette période accusée par certains d'avoir soutenu le Président Habyarimana et ne pouvait pas de ce fait intervenir seule malgré sa bonne volonté, en revanche, il est difficile de comprendre pourquoi les États Unis et la Grande Bretagne et d'autres pays n'ont pas pu réaliser que le génocide alors en cours devait étre arrêté par tous les moyens, au lieu d'évoquer le syndrome somalien ou la mort des dix casques bleus belges. Cette attitude est d'autant plus insupportable que près d'un million de personnes ont trouvé la mort dans 1'indifférence totale de la communauté internationale.

Bien que l'Opération soit intervenue tardivement et ce malgré les suspicions qui l'entouraient, elle a été appréciée et jugée par ailleurs très favorablement par les Rwandais qui en avaient grandement besoin et qui la qualifient d'une action importante posée par la France, pour leur sauver la vie, comme cela apparaît dans ce témoignage tiré d'un message adressé par les déplacés, parmi lesquels se trouvaient des fonctionnaires du gouvernement actuel de Kigali.

Les déplacés de la zone humanitaire sûre à Kibuye sont reconnaissants envers les militaires français de l'Opération Turquoise et la manière dont ils assurent leur sécurité, leur encadrement et leur assistance. Les déplacés de la zone humanitaire sûre à Kibuye remercient le gouvernement français pour avoir mis sur pied une telle opération, au moment où la Communauté internationale semblait étre indifférente à la tragédie qui se déroulait au Rwanda. Par cette opération et par d'autres actions qui sont accompagnées, aide médicale, aide alimentaire et matérielle, la France a démontré que son amitié envers l'Afrique en général et envers le Rwanda en particulier, allait au delà de toutes les considérations.»

Assassinats des présidents du Rwanda et du Burundi

En ce qui concerne l'assassinat du Président Habyarimana qui a servi de détonateur au génocide du printemps 1994, deux hypothèses ont été avancées par l'opinion nationale et internationale, à savoir que l'attentat est l'oeuvre soit de militaires extrémistes farouchement opposés à la mise en place du Gouvernement de Transition à Base Élargie au FPR issu des Accords de Paix d'Arusha, soit l'oeuvre de l'Armée Patriotique Rwandaise avec une complicité possible du Président Ougandais et d'une main occidentale pour d'autres.

Quatre ans après, rien ne permet de confirmer ou d'infirmer l'une ou l'autre hypothèse car aucune enquête officielle n'a pu être menée ni par le Gouvernement rwandais lui même ni par la communauté internationale alors qu'un Président d'un pays étranger a également péri dans l'attentat du 6 avril 1994.

La France aussi aurait dû initier cette enquête, ne fut ce que pour éclaircir les circonstances de la mort de ses ressortissants qui composaient l'équipage de l'avion présidentiel, mais il est évident que ses relations avec le régime actuel ne s'y prêtait guère. Quoi qu'il en soit, il importe qu'un certain nombre de questions essentielles soient éclaircies pour sortir de la confusion actuelle et que l'on sache notamment pourquoi le régime de Kigali s'oppose à toute enquête à ce sujet alors que cet attentat est l'élément qui a déclenché le génocide et les massacres d'avril à juillet 1994 et qu'en même temps, s'il s'avérait qu'il est étranger à cette affaire, les soupçons qui pèsent sur lui s'en trouveraient dissipés.

Moi même lorsque j'étais encore Premier Ministre, j'ai soulevé la question d'une enquête nationale ou internationale sur cet attentat au Conseil des Ministres, et le vice président et ministre de la défense m'a répondu que cette enquête n'était pas une priorité pour le pays et que pour les autres Rwandais assassinés, aucune enquête de ce genre n'a pas non plus été menée. Par ailleurs au début de l'année 1995 lorsque le Gouvernement du Burundi a officiellement demandé au Gouvernement rwandais de mener une enquête pour élucider les circonstances de la mort du Président Cyprien NTARYAMIRA, la Présidence et la Vice Présidence de la République Rwandaise ont réagi d'une façon pour le moins suspecte.

Le Ministre de la Justice d'alors, M. Nkubito, à qui le dossier a été confié a adressé une lettre au Représentant Spécial du Secrétaire Général des Nations Unies, M. SHAHRYAAR KHAN, sollicitant son concours. Le Directeur de Cabinet du Président, M. Emmanuel Gasana, accompagné d'un haut cadre de la Vice Présidence ont été dépêchés auprès du Ministre de la Justice avec l'ordre de retirer l'original de la lettre des bureaux du Représentant Spécial et de la détruire ainsi que les copies éventuellement distribuées. Un témoin oculaire peut témoigner à cet effet.

Pour ce qui est du rôle des armées étrangères dans la guerre du Rwanda, on a l'impression, lorsque cette question est au centre des débats, qu'il n'y avait qu'une seule partie qui n'avait pas droit à l'assistance extérieure. Et curieusement c'est à l'agressé, en plus un gouvernement légitime, qu'on nie ce droit comme si l'autre partie au conflit a mené la guerre quatre ans durant avec des pierres et des bâtons.

Si aujourd'hui on s'empresse pour désigner les fournisseurs d'armes du Gouvernement rwandais de l'époque 1990 1994 (France, Afrique du Sud, Egypte), personne ne veut en revanche évoquer le rôle de 1'armée ougandaise, la National Resistance Army, NRA, dans cette guerre, ou même s'interroger sur les fournisseurs d'armes du Front Patriotique rwandais ! Un fait parmi d'autres : en septembre 1992, la presse américaine a fait état d'une fourniture d'équipements de guerre à partir des Etats Unis sous les auspices de deux officiers supérieurs égyptiens. Un Américain et un Ougandais ont été arrêtés à l'aéroport d'Orlando, en Floride, au moment où ils s'apprêtaient à embarquer pour l'Ouganda de façon illicite, avec une cargaison d'armes dont des missiles anti tanks et lance missiles, d'une valeur de 18 millions de dollars.

Il se fait que le capitaine ougandais arrété s'appelle Innocent Bisangwa qui était 1'adjoint du Secrétaire particulier du Président Museveni et beau frère du Major Bayingana du FPR. Si ces armes n'étaient pas destinées à un tiers pourquoi, l'Ouganda n'a pas passé sa commande par les voies autorisées puisqu'il n'était pas sous embargo ? II est difficile de ne pas également s'interroger sur la présence, à la veille du 6 avril 1994, d'un détachement de marines américains à Bujumbura avec des hélicoptères de combat (selon le colonel belge Marchal) et surtout sur le pourquoi de son empressement à proposer ses services à la MINUAR avant même l'assassinat des Présidents rwandais et burundais.

Cette présence aurait elle un lien direct avec la présence à Kigali, l'après midi du 6 avril 1994 du Colonel VUCKOVIC, attaché militaire américain auprès du Rwanda et du Burundi résidant au Cameroun qui a organisé l'évacuation des ressortissants et du personnel de 1'ambassade américaine à Kigali le 8 avril 1994?

Les crimes du FPR

C'est depuis le 6 novembre 1994, alors que j'étais encore au gouvernement, que mon parti, le MDR, dont j'étais Président, a dénoncé les crimes du FPR et son incompétence dans un document de 32 pages. Nous dénoncions à cette époque un second génocide perpétré par le FPR et les méthodes utilisées pour exterminer ses opposants qualifiés tous d'Interahamwe, signifiant pour les extrémistes du FPR, les Hutus d'une manière générale.

De 1990 à 1994, la communauté internationale veut ignorer les crimes du FPR, commis dans la région du nord du pays alors que presqu'un million de personnes ont fui cette région pour échapper aux massacres systématiques de 1991 à 1993. D'avril 1994 à juillet, il y a eu une sorte de compétition d'extermination des populations entre les soldats du FPR et les Interahamwe dans les régions sous leur contrôle. De juillet 1994 à mai 1998, les crimes n'ont jamais cessé et se sont même étendus dans les camps des réfugiés dans l'ex Zaïre, où le FPR a poursuivi ces réfugiés pris globalement pour des criminels, les massacrant tout au long de leur exode jusqu'à un nombre estimé à plus de deux cents mille.

En octobre 1995, je déclarais avec les chiffres à l'appui plus de 250 000 personnes tuées par le FPR. A cette époque, personne ne voulait me croire. Le Président Bizimungu et le vice président ont minimisé cette déclaration en essayant d'ironiser pour dire que je devais être tenu responsable de tous ces morts. La presse n'a pas voulu tenir compte de ce chiffre qui paraissait très important, mais sans images comme preuve. Tant que CNN n'en parlera pas, personne ne voudra me croire. Et pourtant le FPR a tué avant 1994 et après et il continue de tuer des populations innocentes dans la région du nord ouest du Rwanda et à Gitarama dans le centre du pays sous prétexte de combattre les infiltrés.

Je demande simplement qu'une enquéte internationale soit menée sur tous ces crimes et sur la vraie nature de la guerre qui sévit actuellement au Rwanda et enfin qu'un recensement soit fait pour que le monde sache, et surtout pour l'intérêt des Rwandais, combien de Tutsis et de Hutus sont morts, pourquoi et comment. L'avenir du Rwanda restera toujours compromis aussi longtemps que le FPR restera impuni pour ses crimes.

Recommandations

Nous demandons à ce que l'on se penche sur les points importants ci après afin de connaitre la vérité sur ce qui s'est passé au Rwanda :

• le recensement de la population rwandaise compte tenu de la publication des chiffres controversées publiées par différentes sources;
• enquête sur l'assassinat des Présidents rwandais et burundais ainsi que des citoyens rwandais, burundais et français à bord de l'avion présidentiel;
• enquête sur les circonstances de la mort de deux gendarmes français assassinés le 08 avril 1994 à Kigali au sujet desquelles certains témoignages peuvent étre disponibles.

Fait à Paris, le 12 mai 1998


Discussion

Quilès : Remerciements

Première question : en 1993, les partis d'opposition signent un mémorandum dénonçant la situation critique dans laquelle se trouve le Rwanda, la paralysie des autorités et le manichéisme ethnique. Qu'est devenu ce mémorandum ? Qu'en pensait le président Habyarimana?

Deuxième question : en juin 1994, vous avez fait une visite au Canada et aux ÉtatsUnis, avez vous obtenu un soutien politique et financier ?

Troisème question : quel bilan tirez vous de votre passage comme Premier ministre de juillet 1994 à août 1995 ?

Twagiramungu :

Premièrement : Le mémorandum a permis que les gens discutent de la situation. Habyarimana a réagi en disant que les accords d'Arusha devaient être mis en application. Malheureusement, il n'y a pas eu de solution.
Deuxièmement : Mon voyage en juin 1994 aux États Unis. J'étais invité par des ONG mais pas par le gouvernement. J'ai cependant pris des contacts avec des autorités mais je n'ai reçu aucun appui ni politique ni financier.
Troisièmement : En ce qui concerne le bilan du gouvernement : je croyais contribuer à ramener la paix dans mon pays. J'ai voulu me conduire comme responsable jusqu'à ce j'ai compris que je ne pouvais plus rien faire.

Les accords d'Arusha qui me protégeaient n'étaient plus là, mais ce n'était pas une raison pour partir. Les députés militaires n'étaient pas prévus par ces accords, la fonction de vice président non plus, un vice président qui exerce tous les pouvoirs sans consultation, un président de la République qui déclare à la radio que tous les pouvoirs du premier Ministre passent à la présidence de la République.

Sur 14 mois, le conseil des ministres s’est réuni deux fois par semaine, le mardi et le jeudi. Je n'ai présidé qu'une seule réunion. Sur la gouvernance, le bilan est tout à fait négatif. Nous avons toujours cherché la sécurité des populations, nous avons insisté pratiquement à chaque conseil des ministres. Cela a été la pomme de discorde. J'ai protesté le 6 novembre et le 8 décembre 1994. J'ai déclaré qu'il y avait eu assez de massacres cachés, de tueries (des massacres dont les journalistes de Libération ont fait état). Personnellement, je tire un bilan amer.

Jacques Myard : 1) Je tiens à vous remercier pour nous avoir mis en ambiance en ce qui concerne l'état d'esprit pour la période d'avant le génocide. Pouvez vous nous expliquer la pensée unique sur le Rwanda ? C'est un thème à la mode en Europe, donc ce n'est pas péjoratif pour le Rwanda. Vous semblez extrêmement amer sur la pensée absolument unidirectionnelle qui règne à la fois parmi les médias et chez un certain nombre d'experts. On est vite expert en Europe, il faut le savoir. Oscar Wilde disait qu'un expert c'est celui qui en connait de plus en plus sur de moins en moins, donc qui connait tout sur rien. Mais comment expliquez vous que finalement le FPR a le beau rôle et les autres, le mauvais rôle ?

2) En ce qui concerne la mort du président Habyarimana, qui y avait intérét ?

Twagiramungu : 1) La pensée unique sur le Rwanda : nous vivons dans un monde qui a totalement changé, un monde de communications, de publications... S'il y avait eu des Rwandais qui pouvaient écrire leur histoire convenablement et accéder aux médias. Toute l'histoire ancienne du Rwanda est basée sur l'abbé Alexis Kagame. II voit tout en termes de dichotomie Hutu et Tutsi. Aujourd'hui, cela continue : les Hutu se battent contre les Tutsi et les Tutsi contre les Hutu. II y a une façon d'analyser le problème autrement.

En ce qui concerne l'histoire récente, nous mêmes Rwandais, nous n'avons pas eu les moyens suffisants pour la clarifier. Le FPR disposait de moyens médiatiques que nous n'avions pas et il excellait dans la communication publique.

2) Sur la mort du Président, il y a deux thèses. La thèse selon laquelle l'attentat aurait été commis par des Hutu extrémistes de l'armée. Moi même, je croyais que Habyarimana ne voulait pas des accords d'Arusha. Je me rappelle qu'avant son départ, le 6, on m'avait communiqué qu'il était disposé à appliquer les accords d'Arusha le 8, un samedi.

- Qui avait intérêt à le tuer ? Je ne crois pas que ce soit les Rwandais de l'intérieur. D'ailleurs la situation l'a montré. Après sa mort, les gens se sont disputés, ils ne savaient pas qui dirigerait, alors ils ont pris des machettes. Mais qui y avait intérêt ? Pour moi franchement, aujourd'hui, avec le recul, il n'y avait que le FPR qui y avait intérêt.

René Galy Dejean : Vous êtes un témoin oculaire. Votre exposé s'efforçait et parvenait par moments à l'objectivité. J'ai été très frappé par le caractère dythirambique que vous donnez au rôle de la France avant et pendant le génocide. Je suis interpellé par votre position alors que vous vous êtes décrit comme un opposant à Habyarimana et que l'on a reproché à la France d'avoir trop soutenu Habyarimana.

1) Cette position est elle celle que vous avez maintenant avec le recul ou est ce un jugement que vous aviez quand vous étiez opposant ?
2) Votre analyse du déclenchement de la guerre. Au début des auditions de la Mission, on a eu le sentiment que le génocide avait eu une connotation raciale, puis qu'il s'agissait d'une guerre civile, d'une lutte pour le pouvoir. Aujourd'hui, vous introduisez une étape supplémentaire. Vous nous avez dit que l'offensive du FPR n'était pas souhaitée par les Hutu, cela va de soi, mais même pas par les Tutsi de l'intérieur, ni par une grande partie des réfugiés tutsi de l'extérieur qui considérait que les déclarations qui avaient été faites sur les rapatriements des exilés ne justifiaient pas une offensive de l'extérieur. Votre conclusion est que l'offensive du FPR pourrait être ni plus ni moins qu'une offensive étrangère, une offensive diligentée par des États étrangers.

Est ce votre analyse?

Twagiramungu : 1) J'étais moi même opposé au maintien du détachement Noroit. Quand le président Habyarimana a accepté la venue de forces internationales, il croyait que Noroit en ferait partie. Mais le FPR ne l'a pas voulu. Donc il fallait que Noroit parte pour que les accords soient mis en oeuvre.

2) Sur Turquoise. Je suis moi même un rescapé, je sais réellement ce qui s'est passé. Je veux franchement dire que je ne souhaitais pas la victoire des militaires FAR qui tuaient les gens. On me dit qu'alors je souhaitais la victoire du FPR qui tuait également. Je souhaitais que les deux belligérants puissent s'entendre. Mais comment?

L'un voulait continuer à tuer, l'autre voulait continuer à prendre le pouvoir. Quant à une amitié personnelle entre François Mitterrand et Habyarimana, je n'y crois pas du tout. C'est de la propagande. Pourquoi il y aurait eu cette amitié?

L'assistance militaire et économique de la France n'a jamais été cachée. Je regarde la réalité, telle qu'elle était. Le recul ne fait que donner plus d'objectivité : je ne veux pas devenir ministre en France, ni chez moi ... mais je dis tout simplement la vérité. Un pays comme la France, avec toute son histoire, assister un président pour tuer les gens? Ce n'est pas possible, je le dis véhémentement. II faut apporter des preuves, pas des petites phrases. Les militaires français vérifiaient les papiers sur le pont de la Nyabarongo : mais quest ce que cela fait? Ce pont était très important pour le Rwanda.

3) Sur le génocide. Des Tutsi de deux mètres ... je ne les connais pas au Rwanda ; une origine éthiopienne, égyptienne, sémite ... il ne faut rien exagérer. Le président sénégalais ne passe pas pour un Tutsi ... il y a combien de Bantous qui mesurent deux mètres... je n'ai jamais adhéré à ces clichés. La connotation raciale est à exclure. On a parlé de “crime de bureau” ... ce ne sont pas les Rwandais qui ont demandé aux Belges à étre inscrits sur des cartes d'identité comme Tutsi ou Hutu. Ce n'est pas un Occidental qui est venu nous apprendre ce qu'était un Hutu ou un Tutsi. Je rejette les analyses raciales, mais quand on parle de guerre civile, je dis oui. Pourquoi les gens se sont battus ? La journaliste Colette Braeckman parle de 1 million et demi de Tutsi tués !

Et les autres qui ont été tués ? II faut les oublier ?

Oublier les 32 membres de ma famille qui ont été tués par les Interahamwe ? Et je ne suis pas le seul Hutu à avoir perdu les membres de sa famille, il y en a eu beaucoup d'autres. Le problème c'était la prise du pouvoir, les gens ne voulaient pas arrêter la guerre pour prendre le pouvoir. Personne n'a demandé une intervention pour faire arrêter la guerre. Connaissez-vous une déclaration écrite du FPR demandant une aide internationale pour qu'on ne continue pas à tuer les Tutsi? II n'y en a aucune. Le 11 avril 1994, j'étais caché à Kigali par la MINUAR. J'ai réussi à faire passer une note au FPR, au CND (siège de l'assemblée nationale où était le quartier général du FPR). J'ai reçu une réponse manuscrite le 13 : « Non, nous avançons très bien, on va continuer à se battre.» Que se serait il passé si Museveni n'avait pas été au pouvoir. II a été décidé de démanteler le régime d'Obote et après de soutenir le FPR pour prendre le pouvoir. C'est ce qui s'est passé.

Pierre Brana : 1) En février 1993, vous êtes président du principal parti d'opposition, le MDR.

Une réunion est organisée à Bujumbura entre le FPR et les partis d'opposition dont le MDR; à la suite de cette réunion, un communiqué est signé qui appelle à un cessez le feu, au départ des détachements militaires français et à la reprise des négociations d'Arusha. En même temps, le 2 mars, le président Habyarimana réunissait à Kigali une conférence nationale à laquelle participait une représentation du MDR. Le communiqué de cette conférence, signé par les représentants du MDR, est contradictoire avec celui signé à Bujumbura également par des représentants du MDR. La direction du MDR prend parti pour le communiqué signé à Bujumbura avec le FPR et condamne l'autre partie du MDR.

Comment expliquez vous ces contradictions?

2) Le 9 avril 1993, il y a eu proposition pour nommer Jean Kambanda, membre du MDR, comme Premier ministre. Quelles ont été les réactions des membres du MDR à cette nomination ?

3) A propos de Turquoise. Pourquoi l'avez vous critiquée à l'époque ?

Twagiramungu :

1) Nous sommes allés à Bujumbura juste après l'attaque du FPR à Ruhengeri. On sentait que le FPR pouvait fléchir ses positions (il y avait eu des interventions extérieures, celle du nonce, etc.), d'où le communiqué de Bujumbura. A Kigali, c'était d'autres membres du MDR. C'est à ce moment que commence la division dans les partis. Je me suis opposé à ceux qui ont signé le communiqué de Kigali et je les ai combattus. Je m'opposais à la philosophie du Hutu power, c'était déjà la tendance ...

2) La proposition de nomination de Kambanda.

Étant donné sa position sur le communiqué de Kigali, je me suis opposé à sa nomination. II n'était accepté ni par le MDR (sauf par une fraction), ni par le PSD, ni par le PL.

3) Sur l'opération Turquoise. J'étais à Bruxelles, je lisais la presse, on écrivait que le France voulait renforcer la position des militaires des FAR et soutenir des gens qui tuaient. Je ne pouvais pas accepter cela. Maintenant, avec le recul, je vois que ce n'était pas le but de Turquoise.

Ceux qui critiquent Turquoise n'ont pas discuté avec des Rwandais. A Cyangugu, les interahamwe ont tout détruit, mais Turquoise n'était pas chargée de faire la police. Les gens réfugiés dans les camps ont apprécié Turquoise, ils ont dit que sans Turquoise, ils auraient été massacrés.

François Lamy : 1) Pour la période allant de la fin des accords d'Arusha au 6 avril 1994, je voudrais vous interroger sur le problème de l'éventuelle préméditation du génocide. Quelle était l'atmosphère au Rwanda ? Avez vous des éléments sur les listes qui circulaient à l'époque ?

2) Sur le rôle de la France dans les négociations.

II y a eu des accusations contre certains fonctionnaires français. La politique de la France était elle unique ? Avez-vous eu l'impression qu'à cette époque certains fonctionnaires français pouvaient étre engagés aux côtés du Hutu Power?

3) Quels ont été vos rapports avec les responsables politiques français, avec Monsieur Dijoud, avec l'Elysée? Quels étaient vos interlocuteurs à cette époque là ?

Twagiramungu :

1) Sur la planification, je n'irai pas plus loin car il faut beaucoup d'éléments. Mais la préméditation était visible. II y avait des assassinats partout, c'est pourquoi nous insistions pour la mise en oeuvre des accords d'Arusha. On constatait avec l'action de la CDR que les choses allaient éclater. Mais comment, on ne le savait pas. Ils chantaient publiquement « nous allons exterminer... ». Mais qui? Ils n'ont pas dit qu'ils allaient seulement exterminer les Tutsi. Mais aussi les gens de l'opposition avec les Tutsi. On essaie de dire : il y avait l'opposition avec ceux des Hutu que l'on dit modérés. Je n'aime pas cette expression, je ne suis pas un Hutu modéré, je me considère tout simplement comme un démocrate. Par parenthèses, les Hutu dits modérés seraient comme des Hutu nonchalants, dont les positions seraient très douteuses ... dans tous les cas, l'opposition était constituée par des Hutu mais aussi par des Tutsi.

L'extermination ne visait pas que les Tutsi à ce moment là. Je dis publiquement : je n'ai jamais cru qu'il y avait une préparation d'extermination des Tutsi uniquement. Pas du tout. Nous l'avons constaté dans la période d'avril, du 13 jusqu'en juillet. A partir du 8, 9, 10 et le 11, c'était les gens de l'opposition qui étaient tués systématiquement. C'est par après seulement que les gens commencent à vérifier qui est Tutsi, qui ne l'est pas, qui cache qui. Les listes. J'ai vu des listes qu'on publie, établies par des gens mystérieux. C'est très curieux, vous trouvez sur ces listes des gens du FPR qui sont aux États Unis. Ce n'est pas normal. Est ce qu'il s'agissait des listes des gens du FPR et de leurs complices, comme on les appelait, et qui devaient servir à quoi ? Ces Hutu extrémistes pouvaient avoir une puissance "machettière" si je pouvais me permettre de créer l'expression, mais pour aller assassiner des gens qui sont aux États Unis ou en Ouganda. Ces listes existaient, pour servir à quoi ?

2) Sur la politique de la France. Quand j'étais au Rwanda, je n'ai jamais constaté que des fonctionnaires français penchaient plus d'un côté que de l'autre. J'ai rencontré Messieurs Martre, Marlaud, Cussac ... Je ne peux pas croire qu'un fonctionnaire se dise : on va aider les Hutu à tuer. Pourquoi la France n'aurait elle pas soutenu un État en position de faiblesse. La France aidait le Rwanda, ce n'était pas une coallusion avec ceux qui voulaient tuer.

Jean Bernard Raimond : Vous étes un homme indépendant. Pendant la période où vous avez été premier ministre, la situation était très difficile, le FPR venait de prendre le pouvoir. Vous espériez pouvoir agir. Quels sont les éléments qui vous inspiraient confiance pour accepter le poste de premier ministre ? Sur quelles forces politiques pensiez vous vous appuyer ? J'ai une chronologie sous les yeux, elle indique ce que je ne savais pas. Le 31 juillet 1994 un détachement de l'armée américaine est arrivé à Kigali.

Avez vous pensé que la présence des Américains pourrait aider ?

Twagiramungu :

1) Je savais que le FPR ne voulait pas de moi. Mais, encouragé par certaines personnes de la communauté internationale qui me disaient que j'avais été désigné par les accords d'Arusha, j'ai accepté. J'ai été contacté par Seth Sendashonga du FPR. Je n'y croyais pas, mais j'ai fait deux voyages. J'ai vu Museveni, le président de l'Ouganda, j'ai vu le président tanzanien. Ils m'ont rassuré, il faut essayer de travailler ensemble.

Je suis revenu à Kigali mais j'ai senti aussitôt que la substance des accords d'Arusha n'était plus là. Ils me l'ont dit publiquement : vous n'avez pas combattu. Mais il s'agissait de mon pays, voilà la force qui m'animait. Alors que certains d'entre-eux, les réfugiés tutsi revenus au Rwanda étaient des citoyens rwandais mais ne connaissaient pas le pays. Reconstruire notre pays, donner l'espoir aux gens, j'y croyais très sincèrement. Mais cela n'a pas été possible, il n'y avait pas de forces politiques pour m'aider.

2) Oui, les Américains sont venus à Kigali. On m'a dit que protocolairement c'était le ministre rwandais de la Défense Paul Kagame qui devait discuter avec le ministre américain et que moi je n'avais pas à parler avec lui.

Jean Claude Lefort : 1) Quelle est votre appréciation quant au départ des gens du régime Habyarimana durant l'opération Amaryllis ?

2) Quel sentiment suscite en vous les déclarations de l'un de vos prédécesseurs Kambanda au Tribunal international d'Arusha ?

Twagiramungu :

Je ne savais rien, j'étais caché par la Minuar, Dallaire me parlait des opérations. En juillet, il y a eu beaucoup d'informations sur l'évacuation. Un ordre venu du Quai d'Orsay, de l'Élysée pour trier les évacués, je n'y crois pas. Ce que nous savons c'est que certaines personnes sont allées à l'amabassade de Belgique, d'autres à l'ambassade de France. Je ne sais pas s'il y a eu tri. L'ordre était d'évacuer les nationaux. Les Belges n'ont pas évacué les Rwandais de l'ambassade. Mon épouse est allée frapper à la porte d'une ambassade, le 8 avril, la nuit, à dix heures ; elle était avec ses enfants, on lui a dit : nous ne pouvons pas vous assister ce n'était pas l'ambassade de France.

Moi, on a refusé de m'évacuer. C'est grâce à un ambassadeur qui a prévenu la MINUAR que j'ai été évacué. Il y avait panique. Pour évacuer tout le monde, je ne sais pas quelles forces il aurait fallu. On accuse l'opération Turquoise d'avoir créé des brèches pour que les gens puissent quitter le Rwanda. II y en a qui avaient commis des crimes mais, d'autres, sans avoir commis des crimes, sont partis parce qu'ils n'aimaient pas le FPR. C'est pourquoi je ne peux cesser de défendre ces gens qui ont été tués au Zaïre.

Comment pouvait on arréter des centaines de milliers de personne, les contrôler ? La situation était très compliquée.

3) Au sujet de Kambanda au TPIR. Il a plaidé coupable. Je crois qu'il faut assumer. Je pense que c'est un acte de courage, je ne crois pas à un jeu politique de sa part. Nous déplorons tous le manque de responsabilité dans ce qui s'est passé au Rwanda. Un président meurt, des généraux restent, ils n'osent pas prendre le pouvoir, il le font prendre à un directeur de cabinet et le ministère de la défense à un semi retraité... II faut que les gens assument leurs responsabilités.

Si Monsieur Kambanda accepte d'avoir incité les gens à exterminer, il faut qu'il assume, il faut aussi qu'il nomme tous les gens qui ont collaboré avec lui. C'est positif pour moi, on ne peut pas accuser tout une population. Actuellement 150 000 personnes sont en prison 22 parmi eux ont été exécutées le 24 avril, ce n'était pas tous des planificateurs du génocide. Je ne crois pas que les planificateurs sont tous à Arusha, il y en a d'autres qui se cachent un peu partout. On ne peut pas accuser toutes les personnes qui ont participé aux gouvernements précédents comme étant toutes impliquées dans le génocide.

4) Pendant le moment de l'évacuation, dans les préfectures, la MINUAR venait chercher les expatriés pour les évacuer. A Ndera, des Rwandais ont demandé à étre évacués, ils ont emmené une Belge et laissé les autres qui ont été coupés en morceaux. C'est incroyable. On vous laisse, on vous abandonne. A Kicyukiro, c'était pareil. A Paris, en juin 1994, j'ai rencontré Madame Boivineau, le ministre Roussin, Bruno Delaye, ils connaissaient mes positions, ils m'ont dit qu'ils cherchaient une solution pour la paix.

Bernard Cazeneuve :

1) Quand vous étiez premier ministre, quelles ont été vos relations avec des responsables politiques français? Quest ce qui a été fait pour la reconstruction des relations avec la France?
2) Pendant que vous étiez premier ministre, combien y avait il de ministres tutsi et hutu?
3) Sur le rôle des cartes d'identité, quand la mention ethnique a t elle été supprimée?

Twagiramungu : 1) Quand j'étais premier ministre, je suis passé à New York, j'y ai fait une déclaration disant que le gouvernement devait cesser de critiquer la France et reprendre de bonnes relations avec elle. C'était dans la presse. J'ai reçu Monsieur Courbin à plusieurs reprises pour renouer des relations avec la France. J'ai proposé que Paul Kagame vienne en France. Je suis moi méme venu en France via l'UNESCO. Je sais que le président de la République, Pasteur Bizimungu, est venu en France dans une conférence. J'ai insisté sur les bonnes relations qu'il fallait avoir avec la France, personne n'a déclaré s'y opposer!

Bernard Cazeneuve : Vous n'avez vu aucun membre du gouvernement français ?

Twagiramungu :

1) Aucun membre du gouvernement français n'est venu au Rwanda.
2) Sur la composition du gouvernement rwandais. II y a des choses qui gènent, à certains moments. Je ne demande pas que des Hutu fassent partie du gouvernement s'ils ne peuvent rien décider.

3) Par exemple, je traine pour signer un ordre de mission pour une personne qui ne faisait même pas partie du gouvernement, un officier arrive et menace de me frapper pour avoir l'ordre de mission... Les Hutu qui sont au gouvernement, je les connais assez bien. Certains ont voulu démissionner avec moi, nous devions être sept démissionnaires, au dernier moment, ils ne l'ont pas fait. Treize ministres hutu, ça ne signifie rien.

4) Que tous les ministres soient tutsis (?), le seule chose que je demande, c'est la paix et la sécurité pour tous.

3) Les cartes d'identité. II y a eu des commentaires sur ces cartes d'identité.

Mais ce ne sont pas les Rwandais qui en ont voulu la pérennité (des mentions ethniques sur les cartes d'identité). Maintenant, les mentions ethniques sont supprimées. Je sais que c'était génant d'être identifié surtout pendant la crise. On vous disait : vous étes Tutsi sur votre carte d'identité, donc vous allez étre exécuté. Des membres de ma famille ont été tués sans qu'il y ait vérification de cartes d'identité, ils n'étaient pas tutsi. Comment pouvez vous expliquer ce phénomène ? On vous coupe en morceaux en vous disant que vous êtes Tutsi, alors que vous ne l'êtes pas.

Quest ce que cela veut dire ces histoires d'identité ?

En tant que Rwandais, sociologiquement parlant, on ne peut pas dire qu'il n'y a pas de Hutu, qu'il n'y a pas de Tutsi. Mais il y a des façons d'expliquer ce phénomène et ce n'est pas un élément principal pour la prise du pouvoir. Les cartes d'identité ont été supprimées au Burundi, il y a longtemps. Cela n'a pas résolu le problème du Burundi qui est toujours d'actualité. Les gens s'entretuent. Pourquoi?

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