Au moment où je vous parle, ubanza ryihanuye ! June 02, 2004


Une confrontation entre deux grandes décisions qui ne laissera guère le gouvernement rwandais en toute quiétude, au risque même, dans un avenir plus ou moins rapproché, d'obscurcir certains horizons pourtant de bonne portée, à cette étape-ci de leur cheminement.

JE PENSE À L'ÉLARGISSEMENT DES GÉNOCIDAIRES DONT LA SEULE CONDITION REQUISE POUR BÉNÉFICIER DE CETTE CLÉMENCE QUE J'APPELLE « IRRESPONSABLE », SE LIMITE À L'AVEU DE LEUR CRIME DE GÉNOCIDE CONTRE LES TUTSI., ET QUE CELA SUFFISE POUR RETOURNER DANS LEURS COMMUNAUTÉS RESPECTIVES D'ORIGINE, ET COHABITER AVEC LES RARES RÉSCAPÉS, LÀ OÙ IL EN RESTE, SUR LEUR LIEU DU CRIME…!

Si nous devrions être conséquents avec l'effet de nos faits et gestes, en quoi ce qu'on voit, en ce moment, diffère-t-il des autres formes de NÉGATIONNISME auquel on est souvent confrontés, contre lequel nous nous acharnons et avons le devoir de faire reculer pour la mémoire des nôtres ? À l'époque où les régimes hutu, tel qu'ils se sont succédés dans le fauteuil du pouvoir au Rwanda, TUER UN TUTSI n'aura jamais été un crime, on ne le répétera jamais assez.

Peut-on dire qu'il y a une différence, maintenant qu'enfin, le Président de la République Rwandaise n'est pas Hutu ? La tentation de dire oui est très forte, je sais ça, mais ce que je sais aussi, c'est que les gens oublient souvent de considérer que cette conclusion est influencée, dans une large mesure, par l'effet déformant du prisme à travers lequel vous observez le paysage politique rwandais.

SI VOTRE MATÉRIEL A QUELQUES COINS ARRONDIS, la différence positive vous saute aux yeux, c'est naturel. Si par contre, il y a un obstacle opaque entre vos yeux et la cible qui, elle, est restée inchangée, vous ne verrez rien de nouveau dans ce décor, rien que quelques nouveaux visages. C'est partout pareil, diriez-vous, plus ça change, plus c'est pareil comme diraient les Québécois. Pourquoi donc vous attendiez-vous à ce que le Rwanda fasse la différence ? Du Canada en Afghanistan, en passant par les Etats-Unis et l'Europe, chaque citoyen a son prisme déformant, et chaque chef d'État a son côté putain qui lui permet de se faire acclamer, de toute façon, même quand il fait des bêtises. Bush, Chirac, Blaire, Saddam….

Même s'il est vrai, néanmoins, que certains des droits qui ne comptaient plus pour le peuple tutsi rwandais ont été retrouvés, la plupart de ces droits se sont vite transformés en privilèges, dans beaucoup de cas. Et quand on sait l'énorme différence que cela peut faire dans la vie d'un homme, on se dit qu'on est pas au bout de nos peines, pas encore. Est-ce qu'on est sur la bonne voie ? Personnellement si j'avais à me prononcer là-dessus, je dirais que oui et non, mais mon «   NON » pèse un peu plus lourd dans la balance.

Oui, parce que 10 ans après le génocide, ce n'est pas beaucoup, il faudrait que nous en prenions conscience. Après le chao, on voit certaines gens renaître de leurs cendres, mais aussi, et c'est dramatique, on voit aussi ceux qui naissent de la cendre des autres !

Compliqué ? Oui je dois l'admettre, mais c'est ça la triste vérité. LE DÉSÉQUILIBRE EST TOTAL, c'est justement cela qui fait pencher ma balance vers le non. Le génocide des Tutsi a fait beaucoup de dégâts au Rwanda, certaines personnes en payent le prix, d'autres se cachent derrière cette fragile accalmie pour profiter des avantages du vide. Oui le vide n'est pas si vide que vous le croyez. Vous voulez la preuve ? Here you are :

Comment peux-tu t'acheter un avion, te construire un château, conduire un limo, te prélasser dans un bateau de sport, juste à côté d'un enfant qui n'arrive pas à manger, qui ne va pas à l'école et qui ne peut se soigner ? Le vide n'est si vide que ça, force est de l'admettre sans me chercher querelles et sans compliquer inutilement le débat. Il est vrai que le pays doit se remettre en route pour ne pas donner raison aux génocidaires et leurs alliés qui voulaient voir le peuple tutsi à genou, mais quand on se met en route en passant le tracteur sur les corps non enterrés, sur les enfants affamés, quand on donne l'opportunité aux hutu génocidaires de cracher dans la figure des tutsi rescapés au nom de la réconciliation, c'est un signe de faiblesse, c'est une brèche béante qui ouvre sur un avenir deux fois plus dramatique.

On s'entend tous là-dessus, notre pays n'est pas en mesure de garder en prison 100 mille individus improductifs, qui mangent seulement et qui mangent beaucoup, c'est un fait, mais la solution ne peut pas être de les laisser partir, aussi facilement, il faut qu'on se le dise.

C'est dédaigner la survie notre peuple, c'est mépriser nos morts, c'est avoir une vision étroite de l'avenir de nos enfants qui, de toute façon, devront vivre ensemble, hutu et tutsi, avec ou sans carte d'identité à mention. C'est rendre un mauvais service à notre belle région des Grands Lacs, c'est trahir les bons objectifs de notre ligne directrice d'antan. En pensant élargir les prisonniers coupables de génocide, on élargit au contraire, le fossé qui sépare, chaque jour davantage, les groupes ethniques hutu et tutsi.

Comment peut-on décréter une loi aussi lourde de conséquences, sans baliser le drame qui devra s'en suivre tôt ou tard. Des lois aussi mal faites, atroces, qui anéantissent l'espoir du plus vulnérable, qui foulent aux pieds le minimum du bien-être du monde éprouvé par le génocide, ne peut qu'apporter malédiction sur notre pays. Est-ce que le Conseil du gouvernement rwandais, le Parlement ou le Sénat, ont-ils pris le temps nécessaire d'évaluer l'impact de la fausseté d'une telle décision, sur n'importe quel type de communauté humaine elle pourrait être appliquée, sans devoir parler de la nôtre, avec sa condition connue, s'agissant du délicat choix entre « garder un innocent en prison ou risquer de laisser un coupable en liberté » ?

Je ne sais pas ce que vous en pensez-vous, mais moi j'ai bon espoir que les décideurs rwandais finiront, un jour, par se désabuser, car il n'est jamais tard pour changer d'avis, surtout quand il est erroné. Le cas contraire nous conduit inévitablement vers une autre catastrophe. Pourtant, d'autres solutions avaient été soumises aux autorités rwandaises, dont une dont je me rappelle bien, et dont j'ignore dans quelles mesure elle a été explorée.

Quelqu'un suggérait de faire travailler ces prisonniers à divers niveaux d'intérêt public : Travail des champs, propreté des villes du pays, construction des villages, drainage des marécages pour la production continue des agrumes, élevage intensif du petit et gros bétail, réparation de tous les pots qu'ils ont cassés, RÉADAPTATION aux normes de vie moins bestiale pour être précis, avant de les relâcher au milieu de leur proies affaiblies et sans défense.

Étant donné que le travail ne peut que faire que du bien dans tous les sens, en faisant travailler ces prisonniers on gagnerait plusieurs fois:

Ces prisonniers n'auraient jamais des articulations rouillées (rhumatisme);

Ils mangeraient à la sueur de leur front, et le surplus irait sur le marché, puis un certain % dans leurs poches comme le faisait l'ancien régime;

Ils se sentiraient sanctionnés et regretteraient constamment leur cruauté;

Cette force négative, serait transformée en énergie positive, profitable à toute la nation;

La réconciliation «hutu-tutsi» se ferait en douceur, et non avec brutalité comme c'est le cas maintenant

Comment ça se passerait concrètement :

Avec beaucoup moins de budget que celui utilisé présentement à leur maintien en prison, l'État effectuerait tous les changements nécessaires et appropriés à ce genre de projet. J'estime qu'étant ce qu'il est, le Rwanda se doit d'être inventif et innovateur à tous les niveaux, au nom de la survie. Minutieusement on formerait des petits groupes d'élite locale, supervisés par les commissions déjà existantes « GACACA », par village et par localité. D'après moi, il reviendrait à ce Conseil (et à lui seul), PUISQU'IL A SUIVI au jour le jour, le comportement, l'évolution, l'attitude et les progrès des prisonniers dans chaque région, de faire un rapport précis et détaillé, CHAQUE CAS PRIS INDIVIDUELLEMENT, au Ministre qui a la Sécurité Intérieure dans ses attributions, APRÈS X TEMPS, et de demander OU NON, la libération progressive d'un tel, s'ils en estiment le moment venu. Les autres autorités ne peuvent, en aucun cas, se présenter avec leurs gros sabots dans ce champ de compétence dont ils ignorent tout.

Dès réception du rapport de ce Conseil, le Ministre de l'Intérieur dépêcherait ses propres équipes pour s'assurer de la conformité de cette demande d'élargissement éventuel du détenu. Dans ce sens, moi je pourrais dire que GACACA aurait accompli son rôle. Même si je ne fais que réfléchir à haute voix, je suis convaincu que cette procédure aurait un ÉNORME avantage, puisque les gens du village décident, EUX-MÊMES qui RÉINTÉGRER, puisuq'ils auront eu la chance de l'observer en repentir, dans ses efforts de se refaire une vie plus ou moins normale.

Personnellement je trouve très dégradant et cruel de condamner des gens, désespérées pour la plupart, rescapées de ce que tout le monde sait, à vivre quotidiennement avec ceux qui les ont tué, AU NOM DE LA RÉCONCILIATION, pendant que les plaies ne sont même pas encore refermées. Le cas combien révoltant de Madame Odette (diffusé sur RDI), à qui on impose de quitter le mari qui l'aime et qui aime ses enfants, puis d'aller vivre encore avec son ancien mari, un homme qui a tué ses parents, est une honte à la communauté nationale et internationale. Pourquoi pensez-vous que Odette n'a pas droit au bonheur, qu'elle semble avoir retrouvé auprès de son nouveau mari ? Est-ce que la loi sur le mariage prévoit ces choses-là, où c'est vous qui décidez tout ce que vous voulez dans la vie privée des gens ?

Avez-vous suivi, il y a quelques semaines, les débuts combien hésitant de la réconciliation entre la Français et les Allemands à la cérémonie du 60 ième anniversaire ? Quelle leçon en avez-vous tirée ? Si au moins, les gens qui ont échappé la machette pouvaient décider d'aller vivre ailleurs, loin de leur tueurs, le gouvernement prenant en charge tous les frais de réinstallation, puisqu'il tient tant à cette réhabilitation.

Conclusion :

Il est de la responsabilité du Président de la République, Son Excellence Paul Kagame de :

  Protéger, avec équité et intégrité, les veuves et les orphelins du génocide des Tutsi.

•  Mettre un frein à la folie de certains hommes de la loi qui pensent que tout est permis



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