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Où êtes-vous passés, Batutsi musigaye ? Qu'est-ce qui vous occupe le plus au point de vous aveugler, de vous empêcher de prendre au sérieux tous les signes précurseurs du danger qui nous guête de nouveau ? Ce n'est pas que je veux raviver la colère de ceux qui se sentent mal à l'aise avec ce que je dis, mais que je ne répéterais pourtant jamais assez, tant et aussi longtemps qu'aucune action concrète ne sera pas prise. Ce n'est pas non plus pour être alarmiste, J'AI PEUR, ET J'ESSAYE DÉSESPÉREMENT DE VOUS FAIRE PEUR, VOUS AUSSI, POUR QUE ÇA CHANGE..! Où est donc, et que fait "la soit-disant opposition", les Kimenyi, les Kamongi et les autres, si notre gouvernement est distrait ? Je vous le dis, Abahutu bazatumara, ils sont bien outillés pour ça, ils sont patients, rancuniers et très intelligents, ils ont des lobbies puissants, ils ont un immense appui de notre part, à travers le statu quo, ce dont nous ne sommes même pas conscients, pour la plupart d'entre-nous !

Peu avant 1994, la négligeance, la confiance aveugle, l'orgueil-même et l'estime de soi, ont durci les coeurs et fermé les yeux d'un grand nombre de Batutsi qui pouvaient être sauvés, comme dans la Bible, (lors des malheurs qui ont frappé le Pharao d'Égypte qui tentait de retenir la race de Dieu), et qui ne voulait rien savoir des messages et des signes pourtant éloquents qu'il recevait. (Mbitutse ko ntarimo gushinyagura, nijye waba wishinyagurira) ! Vous ne direz pas que vous n'avez rien su, que vous n'avez rien vu venir.

Un génocide, pire que celui qu'on a connu se prépare tranquillement, mais sûrement. Si vous ne voulez pas vous en rendre compte, dès aujourd'hui, vous vous réveillerez seulement pour constater les dégâts, et il sera tard, trop tard. Il ne vous reste plus qu'à tendre vos cous, vos longs cous, comme d'habitude.
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De l'étrange confession dont je vous faisais relire hier, permettez-moi de vous parler, aujourd'hui, de la réconciliation, tel que vu par un passionné de la politique Rwandaise, un étranger hautement et positivement concerné par l'avenir et la condition de rescapé(e)s du génocide du Rwanda. Je ne veux pas vous donner son nom, pas pour l'instant.

Avant goût :

Que signifie précisément le terme de réconciliation ? Pour le Petit Robert (1988), le sens est d'abord religieux : - C'est une cérémonie catholique par laquelle une personne est réintégrée dans l'Église. Son sens profane est plus simple  : - Action de rétablir l'amitié entre deux personnes brouillées.

Après le génocide au Rwanda, qui veut-on réconcilier ? Les victimes et leurs bourreaux ? À l'heure où le peuple français réaffirme sa tradition laïque, le Rwanda semble renouer, non pas avec ses traditions culturelles ancestrales qui affirmaient l'unicité du pays, mais à l'opposé, avec l'acculturation coloniale qui a ethniquement déchiré cette nation, la dédiant au « Christ Roi » lors d'une cérémonie ridicule et humiliante, par le Roi Mutara, Charles Rudahigwa, reformaté par les maîtres du mal.

Lisez tranquillement ce précieux document, puis répondez à ma question si vous le pouvez : Où sont donc passés les Tutsi intellectuels ? (ceux qui ont échappé le raccourci de la Nyabarongo, slogan de Léon Mugesera) ? Attendez-vous qu'il soit trop tard encore ? Nongeye kubifuriza umwaka mwiza !

Arthémon Rurangwa


La réconciliation au Rwanda : Un concept creux ou profession de foi ethniste ?
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Le génocide a fait plus d'un million de victimes au printemps 1994 dans un minuscule pays d'Afrique central, le Rwanda. Trois mois pendant lesquels les cadres hutu ont déclanché et organisé la solution finale, l'extermination, aussi exhaustive que possible, de la minorité tutsi. Cette idée de « solution finale au problème tutsi » était aussi apocalyptique que triviale dans ce pays. Elle était en effet entretenue dans les mentalités des cadres du régime et des notables depuis l'instauration de la Première République hutu en 1961.

Les Tutsi, des vieillards aux nourrissons, ont été tués pour ce qu'ils étaient, pour le crime d'être nés. Mais ils n'ont pas été les seules victimes. Le génocide s'est accompagné du massacre de plusieurs milliers de démocrates hutu qui s'opposaient à cette entreprise démente. Après un tel paroxysme ethnique, le défi pouvait sembler insurmontable pour le nouveau gouvernement d'union nationale. Cette horreur a impliqué massivement les intellectuels hutu, cadres et enseignants, mais aussi les paysans, pour composer des foules de tueurs.

Elle a été suivie à la fois du retour de ces même foules, exilées pendant deux ans au Zaïre, en Tanzanie et au Burundi, sous la coupe de leurs bergers génocidaires et de celui des réfugiés tutsi des premiers massacres de 1959 à 1973, qui retrouvaient enfin leur patrie après de longues années d'exil.

La gestion de cette situation post-génocidaire dans un pays totalement dévasté était un incroyable chalenge. Le gouvernement l'a relevé avec un succès incontestable. Toutes ses options étaient-elles bonnes ? En particulier, il a développé un discours de la réconciliation qui est aujourd'hui unanimement loué par les mêmes instances internationales qui ont laissé l'horreur s'accomplir en 1994. Or, sur le plan théorique et même pratique, ce discours est assez obscur. C'est plutôt une enveloppe dont on évite de regarder le contenu. Ce concept de réconciliation mérite donc analyse et réflexion.

« Réconciliation », ce mot se trouve dans toutes les bouches. Le gouvernement du nouveau Rwanda en a fait l'un de ses thèmes favoris. Il a institué un ministère de la Réconciliation et organisé des grands sommets de la réconciliation, comme celui du 16 au 22 octobre 2000 à Kigali, conviant tous les Rwandais de la nouvelle diaspora à y participer, alors que celle-ci est essentiellement composée d'éléments de la mouvance Hutu Power extrémiste, exfiltrés des camps restés sous le contrôle des génocidaires de 1994. Les mouvements religieux, des catholiques aux petites sectes évangéliques en passant par tous les grands mouvements charismatiques et pentecôtistes en font également un thème récurrent.

Ainsi, ceux qui ont assisté à la mise en scène grandiose organisée par l'Église catholique dans le grand stade de Kigali, en présence de l'envoyé spécial du pape, le cardinal Roger Etchegaray, n'oublieront jamais la « confession » de la pauvre veuve tutsi Niragire, demandant pardon à tous les Hutu du Rwanda d'en vouloir à tout membre différent de son ethnie coupable d'avoir massacré son mari et des enfants mâles.

- Ainsi que le rapporte, avec des accents triomphalistes indécents, l'organe de presse catholique Kinyamateka , n° 1569 du 1 er février 2001, page 10, article de Ferdinand Murara : «Si Dieu est mort à Auschwitz, il est ressuscité à Musha, la paroisse de la veuve Niragire». La réconciliation n'est pas ici associée à la négation du génocide, elle s'inspire plutôt de la théorie révisionniste du double génocide, théorie encore affirmée par l'organe de presse officiel du Vatican : « Actuellement, l'attention de la population est polarisée sur le génocide de 1994. Il faut en réalité continuer de préciser qu'il y a eu au Rwanda un double génocide : celui contre les Tutsis (et certains Hutus modérés), commis à partir du 6 avril 1994, qui a fait plus de 500 000 victimes, et celui contre les Hutus, à partir d'octobre 1990 jusqu'à la prise du pouvoir par le Front patriotique rwandais (FPR) tutsi, en juillet 1994.  » (cfr - L'Osservatore Romano du 19 mai 1999, « Génocide rwandais : dernier acte ». Article marqué de trois astérisques, sigle qui désigne les échelons les plus autorisés de la Curie romaine.)

D'autres instances, sans être révisionnistes, prêchent la confession réciproque des fautes commises par l'ethnie, comme ce groupe réuni à Detmold en Allemagne du 7 au 12 décembre 1996. A l‘issue de cette rencontre, les participants ont signé un document intitulé « Confession de Detmold » dans lequel les Hutu confessent les péchés de leur groupe ethnique et les Tutsi ceux du leur. Tout le monde a péché devant Dieu et tous demandent pardon.

Le discours sur la réconciliation est également repris par quasiment tous les négationnistes et révisionnistes du génocide des Tutsi. Dans un registre qui n'est peut-être pas si éloigné des précédents, Charles Onana développe pour son compte ce thème de la nécessaire réconciliation. Le journaliste camerounais qui rend les Tutsi du FPR responsables de ce qu'il appel pudiquement la « catastrophe » de 1994, explique : « Qui vous a dit que vous les tutsi vous êtes intelligents, que vous êtes supérieurs aux hutu ? [S'adressant ensuite aux Hutu :] Vous devez accepter d'avoir tué les tutsi à cause de leur arrogance, de l'humiliation et frustration de plusieurs siècles. [Et il conclut :] Quoique vous fassiez vous êtes condamnés à vivre ensemble en paix ».

Cela dans un colloque tenu au Sénat français pendant lequel sa compatriote camerounaise Marie-Roger Biloa affirme qu'elle a été l'un des premiers journalistes à affirmer qu'au Rwanda, il n'y pas eu de génocide, et que les autres commencent à s'en rendre compte » . (sic - Demain le Rwanda), Colloque sur les Grands Lacs au Sénat français, salle Monnerville, le 4 avril 2002). Les négationnistes qui se remuent et s'agitent à l'approche du dixième anniversaire du génocide, utilisent donc eux aussi très largement le thème de la réconciliation.

Rapportant une autre conférence toujours organisée par l'omniprésent Charles Onana (avec l'Association des avocats de la défense du Tribunal pénal international pour le Rwanda, TPIR), un auditeur explique : «  Toutes les interventions étaient brillantes et instructives, d'une rigueur intellectuelle irréprochable et surtout d'une volonté avouée de culture de la paix et de réconciliation » . (voir - L'attentat terroriste du 6 avril 1994 et le Tribunal Pénal International pour le Rwanda », colloque organisé le 4 avril 2003 à Paris, dans une salle des Champs-Élysée, réunion sponsorisée par les Éditions Duboiris.

Commentaires trouvés sur le site Inshuti dédié au négationnisme et à l'antitutisme.

Dans une de ces interventions Rety Hamuli, l'avocat du présumé génocidaire André Ntagerura, en complet accord avec les autres avocats présents : Jean-Yves Degli et Raphaël Constant, expliquait à l'auditoire qu'il n'y avait aucune preuve du génocide. Ce qui était une façon de dénoncer l'inanité et l'inutilité du TPIR, de qui il reçoit pourtant de gras émoluments à Arusha. On peut approfondir le discours sur la réconciliation à l'aide d'une communication intitulée : « La réconciliation nationale : Mission difficile mais pas impossible », faite récemment par un intellectuel autoproclamé « hutu et fier de l'être », (Eugène Ndahayo, lors de la Journée européenne - Rwanda : « La justice internationale face à la crise rwandaise » tenue à Lille, le 16 février 2002.

L'auteur est l'ancien directeur de cabinet du ministère de l'information et l'ancien secrétaire exécutif du MDR (ex-MDR-Parmehutu dont Faustin Twagiramungu était le président) de 1994 à 1995. Il dirige un nouveau parti d'opposition en exil).

Il est révisionniste, mais pas seulement. Son discours est une mise en cause de la justice désignée comme un obstacle à la réconciliation. Il commence ainsi : «  Trois millions et demi, près de la moitié de la population, tel est le lourd bilan des victimes de la folie meurtrière qui s'est abattue sur le Rwanda depuis l'attaque du 1er octobre 1990 par le FPR, actuellement au pouvoir à Kigali  ». Tout le monde est coupable dans ce qu'il appelle « la folie meurtrière » : « La réconciliation ne peut pas être fondée sur le mensonge et sur la facilité égoïste et illusoire qui viseraient à réprimer les crimes commis par un bord, sans faire de même pour l'autre bord ». Pour lui, la justice du TPIR ou du Rwanda empêche la réconciliation : «  Si j'ai voulu y revenir aujourd'hui, c'est tout simplement pour attirer l'attention vis-à-vis du danger que représente cette idée naïve et fausse de présenter la justice actuelle comme un élément catalyseur de la réconciliation. »

Enfin, il se dévoile malgré la prudence formelle et la langue de bois bien ciré du discours : son objectif repose avant tout sur l'affirmation identitaire. Par exemple pour la théorie du double génocide :

- Pour ne pas avoir à affronter la réalité en face, les Rwandais ont du mal à assumer leur identité ethnique, régionale ou autre comme s'ils avaient honte d'être Hutu, Tutsi, Twa, Mukiga, Munyenduga, etc. D'où son ironie et sa haine contre le FPR qui refuse la racialisation instaurée par la République hutu : Curieusement aujourd'hui, il (FPR) affirme que les ethnies n'existent pas.

C'est à croire que le génocide des Tutsi est une fiction dès lors même que les Tutsi n'existent pas ! Ironie lamentable et triviale, classique du discours négationniste et antisémite. Elle lui permet de justifier l'ethnicité qui serait une «réalité de la nation rwandaise» tout en brandissant à mots couverts la menace de la reprise du génocide au cas où on négligerait ce facteur ethnique si cher à son cœur : « Sans quoi, les mêmes causes produisant les mêmes effets, il est à craindre que le désespoir n'engendre des violences pires que celles de 1994 ». On retrouve là les tics de langage de deux autres grands apôtres de la réconciliation. L'ancien Premier ministre Faustin Twagiramungu.

Voici ces propres mots : On essayait de cacher des massacres et des tueries commis à l'encontre des Hutus, a-t-il déclaré à la Mission d'enquête parlementaire, ajoutant que dès le 6 novembre 1994, alors qu'il était encore Premier ministre, il avait dénoncé un second génocide perpétré par le FPR. (AFP, Paris, 12.05.98) et de l'ancien président Pasteur Bizimungu, notamment dans son interview à Jeune Afrique n° 2112, du 3 au 9 juillet 2001, où il affirme à la fois sa conception de la démocratie raciale et du double génocide, je le cite  :"Les élections démocratiques c'est un homme une voix... Dans ce cas, 85% des élus seront hutu. Étant donné le génocide et les violations des droits de l'homme commis par le FPR, les tutsi peuvent craindre que ces 85% de Hutu abusent de leur situation dominante et prennent leur revanche".

Tous ces appels à la réconciliation sont avant tout des souscriptions explicites à l'idéologie ethniste. Quand Onana parle des Tutsi « arrogants » et recommande aux Hutu « d'accepter d'avoir tué les tutsi à cause de leur arrogance, de l'humiliation et frustration de plusieurs siècles », il affiche sa profession de foi ethniste, tout en légitimant le génocide à la façon du journal raciste rwandais Kangura ou des exhortations de la radio des Mille Collines.

Quand les lobbies catholiques singent la confession de Detmold, ils s'efforcent de mettre sur le même plan des crimes de guerre et un génocide, des actes de vengeance ou de représailles et le processus d'extermination systématique d'une communauté. Quand le Vatican parle de "double génocide", ou même simplement quand il parle du génocide « des Tutsis et de certains Hutus modérés) : - Comme dans l'article de L'Osservatore Romano du 19 mai 1999, cité plus haut, il nie ce qui fait le caractère unique du génocide.

Peut-on dire que ce que l'autorité catholique appel « Hutu modérés », c'est à dire les « Hutu traîtres » selon la terminologie des génocidaires, formaient un groupe « national, ethnique, racial ou religieux » en tant que tel ? (Selon l'article 6 du Statut de Rome de la Cour Pénale Internationale (Nations Unies, 2000) : «On entend par crime de génocide l'un quelconque des actes ci-après commis dans l'intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, comme tel : a) Meurtre de membres du groupe; b) Atteinte grave à l'intégrité physique ou mentale de membres du groupe; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d'existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe; e) Transfert forcé d'enfants du groupe à un autre groupe  ». )

Non, évidemment, on ne peut parler de « génocide » dans ce cas, il s'agit de massacres. Un « traître hutu » pouvait changer d'opinion, se rallier au Hutu Power. De même un croyant peut se convertir, abjurer sa foi, mais seuls les Tutsi, les Juifs ou les Arméniens ne pouvaient abjurer. C'est pourquoi il ne faudrait pas parler de génocide à propos du Cambodge où il s'agit de massacre en masse des riches, des notables et des démocrates . (Confusion liée aussi au fait que le drame cambodgien prend en compte l'autre dimension du génocide : celle d'être un crime d'État, organisé et réalisé par un État « exécuteur » avec l'aide ou la compréhension d'États « complices ». ) Tout comme il serait aussi inexact de parler de génocides pour les guerres de religions. Les massacres des Protestants par les Catholiques (et vice versa ), l'extermination de Musulmans par les Croisés, n'étaient pas des génocides. Les Tutsi, les Juifs et les Arméniens étaient condamnés à mourir pour ce qu'ils sont. C'est-à-dire, dans l'esprit de leurs bourreaux , pour le crime d'être né. C'est ce qui fait l'immense singularité de ce crime.

Ouvrons une parenthèse sur ce concept de « Hutu modérés » utilisé officiellement par le Vatican, et également par de nombreuses autres instances comme le Rapport de la Commission d'enquête parlementaire française, de nombreux journalistes et hommes politiques. (Citons par exemple cette dépêche de l'Agence France Presse : « Attribuant le génocide des Tutsi et Hutu modérés aussi bien au FPR qu'aux extrémistes hutu, M. Twagiramungu a affirme que "d'avril 1994 a juillet de la même année, il y a eu une sorte de compétition d'extermination des populations entre les soldats du FPR et les Interahamwe (milices hutues) dans les régions sous leur contrôle" ». (AFP, Paris, 12.05.98) Qu'ils nous expliquent comment certains Hutu peuvent être « modérément hutu » et les autres des « Hutu radicaux ». L'existence même de cette notion dans la bouche des partisans de l'ethnisme montre à quel point le concept ethnique au Rwanda est une construction idéologique.

En effet, soit il existe deux ethnies distinctes, et les individus appartiennent de fait culturellement à l'une ou à l'autre, soit c'est un concept creux hérité d'une vision gobinienne du genre humain très en vogue au moment de la colonisation et qui a remodelé le Rwanda pour le faire correspondre à sa fantasmagorie raciste. Dans le second cas, l'ethnie est utilisée aujourd'hui, comme en 1994, par ceux qui veulent continuer à diviser les Rwandais à des fins idéologiques et politiques, et le fait d'être hutu signifie pour eux que l'individu se réclamant de cette ethnie revendique en fait son appartenance à une idéologie, le Hutu Power pour ne pas la citer. On peut en effet ne défendre que modérément une ligne politique alors que l'on ne peut en aucun cas appartenir modérément à un groupe ethnique, qu'il est toutefois possible de renier ou d'en contester l'héritage culturel.

Que signifie précisément le terme de réconciliation ? Pour le Petit Robert (1988), le sens est d'abord religieux : C'est une cérémonie catholique par laquelle une personne est réintégrée dans l'Église. Le sens profane est simple  : Action de rétablir l'amitié entre deux personnes brouillées. Après un génocide au Rwanda qui veut-on réconcilier ? Les victimes et leurs bourreaux ?

Les victimes réclament seulement la justice. Une justice digne de ce nom qui ne libère pas les meurtriers à des fins électoralistes (même si c'est avec un indéniable succès). Est-il décent de demander à une victime qui a perdu tous ses proches de se réconcilier avec des criminels, qu'ils soient punis ou impunis ? Comme s'il s'agissait d'une brouille insignifiante et de torts partagés ! Comme si l'on pouvait mettre sur le même plan « une attitude arrogante » (définie par qui ?) et des crimes de sang. S'il ne s'agit pas de cela, c'est que l'on insinue l'idée d'une réconciliation interethnique. Bien que cette notion ne soit jamais clairement formulée, c'est bien de cela qu'il s'agit.

La réconciliation sous-tend et cautionne l'idéologie ethniste, c'est-à-dire l'idéologie qui est à la base du génocide. Quand les lobbies chrétiens où les révisionnistes l'utilisent, ce sens est clair et évident. Quand il s'agit du gouvernement rwandais on s'interroge. S'il est vrai que cela va à l'encontre du principe même sur lequel se fonde le nouveau régime, d'un autre côté celui-ci n'est pas toujours cohérent. La présidente de la Commission nationale pour l'unité et la réconciliation Madame Aloysia Inyumba participait en personne à la « journée d'action de grâce et de prière » en compagnie du secrétaire général du FPR, Charles Muligande.
(Organisée par l'Assemblée des Églises pentecôtistes du Rwanda, le dimanche 20 février 2000).

L'idéologie de Detmold ne semble pas très éloignée du pouvoir. A l'heure où le peuple français réaffirme sa tradition laïque, le Rwanda semble renouer, non pas avec ses traditions culturelles ancestrales qui affirmaient l'unicité du pays, mais à l'opposé, avec l'acculturation coloniale qui a ethniquement déchiré cette nation, la dédiant au « Christ Roi » lors d'une cérémonie ridicule et humiliante. (Le règne de Mutara III, en 1946, soit quelques années après avoir mis en place les cartes d'identités avec mention de la « race ». )

Mélanger les responsabilités politiques et la religion rappel trop les mauvais souvenirs de la dictature déchue. L'obscurantisme religieux étatique n'est peut-être pas la meilleure voie pour le Rwanda. Il n'empêche pas que certains chrétiens peuvent se dévouer pour le bien commun et font un travail exceptionnel de recherche de la vérité.

Le danger de l'entreprise est en tout cas flagrant. Cette propagande pour la réconciliation et l'idéologie ethniste qu'elle porte implicitement, pourrait être responsable de la reprise de l'intimidation et du harcèlement observés actuellement à l'encontre des survivants du génocide. En effet, la meilleure façon de réconcilier les ethnies n'est-elle pas encore de nier le génocide ? Qui empêche cette négation sinon, précisément ces survivants ?

Et ils sont si peu nombreux ! Les criminels, libérés au mépris de toute justice, harcèlent, menacent et se moquent aujourd'hui des rares rescapés du génocide existant dans leurs collines. Des collines devenues quasiment « ethniquement pures » depuis 1994.

A Kaduha, dans le district de Gikongoro, la reprise des tribunaux populaires « Gacaca » a provoqué des meurtres de rescapés. Cette situation tragique est dénoncée par l'association Ibuka. (- News du 18 décembre 2003). Mais les rescapé(e)s ne sont pas les seules victimes de la réconciliation. Tous les Hutu qui n'ont pas tué et qui n'ont pas été complices ne peuvent que souffrir de cette idéologie. Doivent-ils être obligatoirement solidaires des criminels de leur ethnie ? Vouloir réconcilier Hutu et Tutsi nie cette réalité du génocide où des personnages d'origine tutsi et devenus Hutu par opportunisme et intérêt, ont été les pires génocidaires, affirmant socialement, par cet activisme criminel exacerbé, leur identité « hutu ». (Exemple, Robert Kajuga qui était le responsable national des milices Interahamwe. Froduald Karamira le fondateur du Hutu Power. Le zèle sanglant de certains petits tueurs n'avait d'autre motif... ) Cela bafoue également la mémoire des héros hutu qui sont morts pour avoir refusé d'obéir à un État génocidaire. La réconciliation qui englobe et systématise les culpabilités au niveau ethnique est un piège. C'est un autre aspect du fameux piège ethnique, dont il semble si difficile de sortir.

Pour de nombreux acteurs rwandais oeuvrant à la tête du pays, ce mot à un autre sens. Il s'agit pour eux que d'assumer ce passé douloureux et de chercher une conduite pour la reconstruction de la société. Les voix à la tête du pays ne sont pas unanimes. Celles qui cherchent à mettre en avant le concept de citoyenneté ne sont pas les seules à se faire entendre. Ces voix sont précieuses. Face au concept ambigu de réconciliation, seule l'idée de citoyenneté est à même de déjouer, voire de définitivement désamorcer le piège ethnique. Il n'est plus alors question de réconcilier les ethnies, mais de rendre justice aux victimes pour ce qu'elles ont subi et de punir les bourreaux pour ce qu'ils ont fait, quelles que soient leurs origines ethniques. C'est sans doute la meilleure façon pour le Rwanda de sortir de cette idéologie mortifère.

So, ngaho nimukomeze mugoreke ijosi

Allez au babillard ................................ Relisez les termes de la confession de Detmold