Je m'excuse pour la faiblesse de mes mots, personne ne peut décrire ce qu'il a vu, cette nuit-là!  

Arthémon Rurangwa

Depuis 1994, depuis la dévastation de tous les miens, j’attendais quelque-chose : un signe, un geste, un appel, une lettre.... Sans répis, sans me lasser, j’attendais confiant, je savais que cette chose finirait par arriver, en un moment donné. C'est fait, maintenant !

Ironie du sort, j’étais loin de soupçonner que cette "quelque-chose " devait m’arriver de Belgique, elle qui, à mes yeux, est et sera toujours historiquement liée au génocide des Tutsi du Rwanda, dans un rapport pour ainsi dire grave, de 7 à 10, depuis Mgr L. Classe. Des commentaires de toutes sortes fusent de toutes parts parlant de Rwanda 94, mais rares sont plutôt ceux qui OSENT dire le contraire de ce qu’ils ont vu et entendu cette nuit-là,  au 1345 de la Lalonde (Montréal), à plus de 600 km de mon domicile.

Au plus fort de l'événement, à la section de la pièce qui a été baptisée " Conférence",  M. Jacques Delcuvellerie a su expliquer, dans des termes simplifiés, presque banalisés, (faisant ici allusion aux textes lourds et tordus publiés par millions par des historiens), qui n’ont pourtant jamais pu expliquer au monde le vrai rôle de la colonisation dans la haine viscérale Hutu-Tutsi, puisque trop savants ou trop déformés pour faire ça.

Gâté par la nature au niveau de la voix, Jacques a réussi avec une étrange facilité, À CONVAINCRE.  Il ramène avec méthode et précision le monde, dans son ensemble, des milliers d’années en arrière au devant de la triste réalité des faits et des étapes de notre histoire depuis l’arrivée de l’homme blanc, à la source de la haine, ce trou noir qui a été savamment creusé par les colons Belges, cachés derrière les saintes soutanes et le mensonge.

Oui, j’attendais Yollande Mukagasana, j’attendais GROUPOV. Merci Groupov, merci à tous les acteurs, je ne sais plus que dire.

"RWANDA 94" est une pièce de théâtre impitoyable qui n’épargne personne, même le rescapé en ressort encore plus anéanti que jamais. Non pas que GROUPOV aurait réveillé la bete noire qui dort en lui, mais parce qu’il se découvre deux fois plus inutile pour avoir baissé les bras tout ce temps, sans rien dire, sans rien faire, MAIS EN LAISSANT FAIRE, comme si notre passé n’avait jamais compté, ou comme si l’avenir de nos enfants ne dépendait pas entièrement du jour-le-jour que nous vivons.

Je n’accuse pas, je n’accuse personne, je laisse à Groupov toute la place pour le faire, car il le fait bien. Je remets simplement mon attitude, ton attitude, notre attitude en question, face à l'ampleur du désastre qui nous entoure et que nous vivons depuis l’année infâme, l’an 1994. Le message qui nous est laissé par Groupov est clair, nous devrions reconnaitre et faire admettre notre différence, nous sommes des rescapés car nous sommes des survivants. Nous ne sommes pas en paix, nous ne le serons probablement jamais, mais nous nous devons d'AGIR, CHAQUE ACTION COMPTE.  C'est à ce seul prix que nous pouvons recoller les morcaux et en arriver à ravoir un peu d’espoir et de paix.

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Mukagasana Yollande
(Je suis témoin..., dit-elle)

 

Tentative de réparation symbolique envers les morts à l’usage des vivants

Traversé de toutes par le désir de réparation symbolique, ce spectacle est bouleversant de courage artistique. Une grande forme épique et tragique soutenue par une musique d’oratoire qui accapare tout l’être. Pour enterrer dans la dignité un million de fois une personne, pour éviter la répétition, le théâtre module dans tous les registres. Témoignages vivants, formes chorales, fiction, dialogues, sketches de comédies musicale, scènes oniriques, conférence, mélopée rwandaise et images de télévision composent ce parcours de vérité. Dans ce dialogue d’être humain à être humain qui s’établit sur scène et avec chacun des spectateurs, perce la voix des âmes. Impossible de ne pas ressentir et comprendre la souffrance humaine, de ne pas éprouver le désir du jamais plus.

Témoignages pour mémoire

Durant cinq ans, l’équipe rencontre des rescapés du génocide, recueille des témoignages, fait des recherches historiques, des lectures et des voyages au Rwanda. Cinq auteurs s’attellent à la tâche d’écrire cette fresque, dont Yolande MUKAGASANA, témoin direct du génocide et auteur de deux ouvrages biographiques bouleversants : La mort ne veut pas de moi (1997) et N’aie pas peur de savoir (1999), tous deux publiés aux Éditions Robert Laffont. En jouant sur l’alternance de la fiction et de la réalité, RWANDA 94 propose une mise en perspective des événements. Acteurs belges et rwandais se réunissent. Le musicien, Garett List, présent sur scène, compose un oratoire poignant. Rwanda 94 est le témoignage vibrant d’une réalité sanglante, la démonstration d’un théâtre qui transforme en posant des questions essentielles.

Aux limites du théâtre

Le collectif belge Groupov, issu des laboratoires théâtraux de Grotowski, est un ensemble expérimental qui perpétue la tradition de la performance. Il présente des créations, revisite le répertoire. Entre 1990 et 1995, il entreprend un Projet Vérité. Dans ce trip-tique, la compagnie interroge la souffrance dans la religion, le sexe et la politique à travers les oeuvres de Claudel (l’annonce faite à Marie, 1990) et de Brecht (la Mère, 1995). Le Groupov crée des spectacles hybrides aux limites du théâtre qui intègrent arts visuels, théâtre, musique et documentaire.

Les blessures du silence

Une exposition de photos et de témoignages, en mémoire du génocide des Tutsi.

Groupov, si tu étais une fille je te marierais à mon fils, si l'on m'avait laissé juste une seule vache je te la donnerais pour appuyer ta cause, si je pouvais aimer encore je te chérirais, car vous avez réussi à (je suis catégorique) convaincre, où tous les autres ont échoué avant toi, même les négationnistes ne pourront plus franchir le bouclier que vous venez de dresser entre nous et les autres, les milliers de coeurs que vous faites chavirer ne devraient  plus les laisser faire,... à leur guise. Vous êtes des géants et votre oeuvre est gigantesque, elle ne risque pas de plier sous le vent, avant la mise à découvert de toute la vérité et l'éradication de la force du mal. Merci Groupov, merci les Acteurs, merci beaucoup !

Présentée en spectacle dans la salle de répétition de l’usine C, en collaboration avec Médecins sans frontières.  Remerciements : Le Festival de théâtre des Amériques tient à remercier l’Association québécoise des organismes de coopération internationales (AQOCI), Vues d’Afrique ainsi que tous ceux qui ont participé à la mise en oeuvre de ce spectacle. Ce spectacle sera également présenté le 7 juin à la salle Louis-Fréchette du Grand Théâtre dans le cadre de l’événement théâtral d’ailleurs, du Carrefour international de théâtre de Québec.

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