Uko byagenda kose harimo ubutwari..! Come on people !

 

 

Ce n'est pas demain la veille

 

Le Congo es-tu grand ? Même très grand ? Immense voulez-vous dire ? Et après...! Ce n'est pas si mauvais que ça de rire des choses de même chrisss, par moment !  Na Mukaso abyara abahungu pe !

Trêve au répis, revenons-en aux choses sérieuses tel que vous les aimez.  Aliko ubundi Igihe twavugiye ibintu sérieux byatumaliye iki ? Le document ci-après m'a personnellement boulourversé et remis à l'envers, kuko isa n'izo ntiriwe mvuga mwiyiziyi namwe. Et comme la plupart d'entre-vous, amwe mumagambo muribusange mo, nasanze nari nyazi, mais différemment. N'empêche que ça me rabat les oreilles, pas vous ?

Les voies vers le génocide...
Au nom des Hutu, tous les crimes étaient permis

Le virus de l'ethnofaschisme qui ravage le Rwanda depuis 1959 peut aussi détruire le Congo. Il est donc utile d'observer de plus près quelques lignes essentielles de l'histoire du Rwanda. Elles font comprendre certains dangers que court le Congo.

Le Rwanda de Rwabugiri

L'Etat rwandais pré-colonial a constitué une réalisation remarquable. Il représentait une organisation sociale bien en avance sur la plupart des sociétés de l'Afrique centrale.

Les premiers missionnaires qui ont mis pied au royaume de Rwabugiri ont été frappés par le sentiment de fierté nationale qui caractérisait la société rwandaise. Le Père Pagès écrit: "Les Banyarwanda, étaient persuadés avant la pénétration européenne que leur pays était le centre du monde, que c’était le royaume le plus grand, le plus puissant et le plus civilisé de toute la terre." Et le père De Lacger souligne que les indigènes de ce pays avaient le sentiment de ne former qu'un peuple : "Le sentiment national se fonde sur des éléments qui lui sont antérieurs: l'unité linguistique qui, presque absolue d'un bout à l'autre du territoire, conditionne la facilité de relations entre les gens; l'unité d'institutions, de coutumes et d'usages dans la vie privée, la vie sociale et la vie publique; l'unité religieuse enfin. Il est peu de peuples en Europe chez qui se trouvent réunis ces trois facteurs de cohésion nationale: une langue, une foi, une loi."

Le père De Lacger reconnaît qu'à la fin du siècle passé, les termes Hutu et Tutsi expriment essentiellement des différences économiques et sociales: "Le terme mututsi ne désigne plus aujourd'hui, aussi exclusivement qu'à l'origine les "bien-nés", ni même les métis qui se prévaudraient d'une hérédité supérieure en ligne paternelle, mais encore des anoblis ou de simples Bahutu enrichis, qui ont pu s'allier dans la haute classe. Mututsi et muhutu sont des mots qui tendent à perdre leur sens proprement racial et à n'être plus que des qualificatifs, des étiquettes sous lesquelles se rangent capitalistes et travailleurs, gouvernants et gouvernés."

L'Etat rwandais tel qu'il s'était développé jusqu'à la conquête coloniale était autant une création des Hutu que des Tutsi, ou plutôt de quelques lignages Tutsi. On peut même dire que ce sont les Hutu qui ont apporté le plus à l'Etat rwandais unifié: d'abord leur langue, le kinyarwanda, facteur essentiel d'unification; ensuite, la forme même de la royauté sacrée avec ses codes et ses rituels; puis les bases essentielles de la religion rwandaise, elle aussi un fondement de l'unité nationale. Un lignage royal tutsi, appartenant au clan des Banyiginya, a apporté à l'œuvre collective son génie organisationnel, lequel a également constitué la base de sa force militaire.

Le royaume de Rwabugiri (1860-1895) était l'aboutissement tout provisoire d'un processus historique qui commença vers 1450 avec la formation des premiers petits Etats rudimentaires. Ils étaient nombreux, certains avaient un roitelet tutsi, d'autres un roitelet hutu à leur tête. Ils se livraient mutuellement des guerres de conquête. Ce n'est qu'à partir de 1730, avec le roi Cyirima Rujugira, qu'une dynastie du clan des banyiginya s'est imposée graduellement sur la quasi-totalité des territoires où l'on parlait le kinyarwanda. Les autres petits royaumes dirigés par des rois tutsi et hutu furent soumis à ce royaume qui eut son centre à Gasabo, près du lac Muhazi. Les petits rois qui refusaient de se soumettre furent exterminés sans pitié, souvent avec toute leur famille; ceux qui se soumettaient devinrent des vassaux du roi nyiginya. Le temps effaça les souvenirs de l'unification par la violence, pour produire le sentiment positif d'appartenir à une grande nation.

L'intégration entre les Tutsi et les Hutu s'est réalisée à travers les siècles. Des douze premiers rois rwandais, neuf ont eu une femme hutu. Les dix-huit clans du Rwanda comprennent tous, aussi bien des Tutsi, des Hutu que des Twa. Le clan royal des Banyinginya comprend 57 % de Hutu. Les rois des clans hutu qui dirigeaient les petits royaumes singa, zigaba et gesera ont épousé des femmes tutsi et étaient désormais considérés comme tutsi. Sur chaque colline, il y eut un chef de terre hutu et un chef des pâturages tutsi. Les petits royaumes hutu qui avaient accepté la soumission au roi nyiginya étaient considérés comme des vassaux et gardaient une certaine autonomie.

Dans les conditions de la société féodale émergente,on a pu observer des processus comparables sur tous les continents. Le royaume de France lui aussi a été le produit d'un long processus historique et de siècles de violence entre les multiples petits royaumes qui couvraient cette partie de l'Europe. Au cours du premier millénaire avant notre ère, des tribus celtes, parmi lesquels les Gaulois, venus de l'Est de l'Europe se sont installées dans ce qui est aujourd'hui la France. Ils constituaient une sorte de tribu de chefs qui a soumis et organisé les populations originales et qui s'est mélangée à elles. A partir de 60 avant J.C., les armées de Rome ont conquis et soumis la Gaule et des colons romains s'y sont établis. Presque quatre siècles plus tard, eurent lieu les invasions germaines et la tribu des Francs a occupé le nord de la Gaule. Vers l'année 500, le lignage du petit roi franc Clovis, établi à Tournai, a entrepris une campagne militaire qui allait unifier la France. Les Français d'aujourd'hui sont un mélange de quatre races. Le royaume de France a été le produit d'innombrables guerres dynastiques souvent féroces et sanglantes. Mais la formation d'un grand Etat a créé les conditions d'un développement politique, culturel et économique accéléré. Au fil du temps, les blessures infligées lors des guerres de conquête ont disparu et la fierté de faire partie de la grande nation française s'est développée.

Comme l'Etat rwandais était encore en pleine construction sous Rwabugiri, les populations des petits royaumes soumis ou sur le point de l'être ont surtout retenu la violence qu'elles ont subie. Ainsi, Rwabugiri a mené de nombreuses guerres pour soumettre les Bashi à son autorité. Léon Ntondo, lui-même mushi, parle du peuple mushi, symbole de la résistance au sionisme tutsi depuis le XVIIe siècle.

Jugeant l'histoire à travers les intérêts de la dynastie régnant sur les Bashi au siècle passé, il affirme: "Il existe bel et bien un sionisme tutsi au monde. (Les Tutsi) sont convaincus depuis des siècles que le Kivu est leur terre promise'. Il faut juger les personnages et les luttes politiques dans les conditions spécifiques de leur époque historique. La formation d'un grand Etat bien organisé dans la région des Grands Lacs constituait incontestablement un progrès politique permettant des avancées culturelles et économiques. En Afrique de l'Ouest, les peuples chantent toujours la gloire des grands conquérants et bâtisseurs d'empires comme Samori et Soundjata. Quand on regarde l'histoire de l'Afrique à travers le prisme de l'intérêt étroit de sa propre tribu, Rwabugiri apparaît, non pas dans sa véritable dimension historique comme créateur d'un puissant Etat africain indépendant, mais uniquement dans sa qualité de despote qui frappa ma tribu, les Bashi. Et Léopold II, qui a soumis dans la terreur la plus féroce les masses africaines de toute la cuvette du Congo, Tutsi, Hutu, Bashi, Baluba, Bakongo et Bandandi tous confondus, apparaît comme le génial créateur de ce qui est devenu le Grand Congo Aveuglé par des considérations d'ordre tribal, on considère "le Tutsi" comme l'ennemi principal depuis le XVIIe siècle jusqu'à nos jours. On est incapable de saisir le point essentiel de toute l'histoire africaine depuis cinq siècles:

La domination impérialiste, depuis l'esclavagisme, en passant par le colonialisme, jusqu'au néocolonialisme des multinationales dominant aujourd'hui toute la scène mondiale. On ne peut projeter les événements historiques d'un autre mode de production sur le monde actuel déterminé par de tout autres facteurs et notamment par le mode de production capitaliste et par la politique des puissances impérialistes. Aux dix-septième et dix-huitième siècles, la constitution de formations étatiques indépendantes en Afrique, telle la formation du royaume rwandais par les conquêtes nyiginya, était un processus progressiste. Les hasards de l'histoire auraient pu faire que cette œuvre de bâtisseur fût réalisée par un lignage royal hutu ou même par le lignage des mwami mushi qui auraient vaincu les armées rwandaises et unifié la région sous leur pouvoir.  Mais les hasards de l'histoire ont laissé cette tâche au lignage tutsi du clan nyiginya. Cela n'a aucun rapport avec la guerre d'agression et d'occupation de Kagame, une guerre sous les ordres de la plus grande puissance impérialiste et au profit de la grande bourgeoisie tutsi au pouvoir à Kigali.

La tutsification du Rwanda colonial

Mais retournons aux premiers colonisateurs allemands qui pensaient ne trouver que de la sauvagerie en Afrique. Leur étonnement était grand de découvrir dans la région des Grands Lacs un Etat comparable à ceux des pays civilisés. Les théories racistes faisant fureur à l'époque, ils en conclurent qu'au départ, les Tutsi avaient dû être des Blancs, des Sémites et plus particulièrement des Hamites, et qu'ils s'étaient noircis au cours des temps... Fiers de leur indépendance, le roi et la noblesse du Rwanda s'opposaient à la domination extérieure. Au départ,les Belges ont gardé ouverte l'option de mobiliser les Hutu dominés pour casser l'Etat puissant rwandais. Finalement, sous l'impulsion de l'Eglise catholique, la Belgique a conclu qu'il fallait s'appuyer sur la classe dirigeante indigène pour donner un socle solide à la colonisation. Elle déclara que les Tutsi constituaient une race supérieurement intelligente, une race de "chefs-nés".

La Belgique organisa la "tutsification" de l'Etat colonial: sur les différentes collines, les chefs de terre hutu furent supprimés, de même que les petites vassalités qui avaient gardé un roi hutu. Seuls les Tutsi pouvaient être chefs et seuls les enfants tutsi avaient accès à l'Ecole d'Astrida qui forma l'élite administrative. Les rares Hutu qui y étaient admis se mariaient avec des filles tutsi pour être "'tutsifié" par alliance" Les chefs tutsi qui s'opposaient au colonisateur étaient systématiquement écartés. Les 95 % des Tutsi pauvres étaient bien sûr exclus de la tutsification du régime, qui ne concernait qu'une élite.

La politique belge de "tutsification" du Rwanda resta inchangée jusqu'en 1955. Alors commença une réévaluation qui conduisit en 1957 à un nouvel alignement des forces. La cause du changement de la tactique coloniale belges résidait dans la vague de décolonisation qui déferlait partout en Afrique noire depuis le déclenchement de la guerre de libération en Algérie et la déclaration de l'indépendance du Ghana, le 6 mars 1957. L'élite tutsi voulait se transformer en une bourgeoisie nationale, régnant sur un Rwanda libre et souverain. Elle avait deux atouts: l'autorité traditionnelle et l'expérience de l'administration moderne. Elle jouissait toujours de la confiance et du soutien de la grande majorité du peuple rwandais, Twa, Hutu et Tutsi confondus. Elle comptait aller rapidement vers une indépendance qu'elle voulait totale.

La Belgique cherchait une stratégie pour passer le moment difficile de l'indépendance devenue inévitable, tout en sauvegardant sa domination économique sur le Congo et le Rwanda-Urundi. L'administration belge se divisa sur la stratégie à suivre au Rwanda : une minorité pensait que la petite bourgeoisie Tutsi, une fois maître du Rwanda, s'appuierait sur la Belgique, avec laquelle elle avait toujours été dans les meilleurs termes. Mais la guerre froide et l'obstination coloniale aidant,la majorité de l'administration belge et des politiciens de la métropole se méfiaient de tous ceux qui voulaient l'indépendance immédiate et totale : de Rudahigwa aussi bien que de Lumumba.

L'origine de l' ethnoracisme hutu

Au Rwanda, il y avait une élite de rechange, la petite bourgeoisie Hutu qui voulait, elle aussi, s'emparer du pouvoir dans le Rwanda indépendant. Cette petite bourgeoisie ne pouvait jouer qu'une seule carte : Celle de l'ethnoracisme. La Belgique avait chanté pendant cinquante ans la gloire de la race supérieure tutsi et lui avait réservé tous les postes importants. Au cours des années cinquante, la petite bourgeoisie hutu pouvait mobiliser sur une base raciste antitutsi, toutes les rancœurs accumulées pendant la période coloniale, tout l'esprit de révolte des masses opprimées et exploitées. C'est ce que Kayibanda, Gitera et d'autres intellectuels Hutu ont fait dès 1953.

Leurs travaux préparatoires ont culminé en 1957 avec la publication du Manifeste des Bahutu, rédigé avec l'aide de certains prêtres européens. Sa thèse centrale est celle-ci: la petite bourgeoisie hutu doit prendre le pouvoir au Rwanda avant que la Belgique n'accorde l'indépendance. Selon les termes du Manifeste, le problème fondamental du pays est le monopole raciste (Tutsi) sur le Rwanda. "Il ne sert à rien de solutionner le problème mututsi-belge, si on laisse le problème fondamental mututsi-muhutu". Le texte parle des Tutsi comme d'une caste qui représente à peine 14 % des habitants, formulant ainsi la théorie raciste de la majorité populaire Hutu et de la caste minoritaire tutsi, théorie qui conduira à tant de tueries. Le Manifeste parle d'une double colonisation, la colonisation hamite étant pire que la colonisation européenne! Il reprend la théorie de la conquête violente par les Tutsi, théorie qui n'a aucune base historique.

Le manifeste des Bahutu crache sa haine pour 900 ans de domination tutsi. Le texte prend position contre une décolonisation qui laisserait un colonialisme pire du Hamite sur le Muhutu. C’était déjà un Manifeste de la contre-révolution néo-coloniale. En 1959, il existait une base objective pour une révolution à la fois nationale et sociale, à la fois anti-coloniale et anti-féodale. Mais parler en 1959 d'une révolution sociale, opposée à la révolution nationale, c'était prôner la continuation de la domination impérialiste au Rwanda. Le mot d'ordre du Parmehutu fut d'ailleurs: "Vive notre chère mère la Belgique! Vive le Roi des Belges! Vive la Démocratie." En clair: Vive le colonisateur, qui donnera le pouvoir à la majorité démocratique hutu. Les masses dites Hutu étaient exploitées et opprimées,mais la grande majorité des Tutsi l'était presque autant. Il y avait là une base objective pour un mouvement contre le colonialisme (source principale de l'exploitation et de l'oppression) et contre l'élite pro-belge Tutsi, principal support rwandais du colonisateur. Mais pour que la masse Hutu et la masse des Tutsi pauvres arrivent à la compréhension de cette nécessité, il aurait fallu une organisation anticolonialiste qui leur eût donné la perspective d'une révolution nationale et sociale. Or, le colonisateur et l'église n'avaient jamais permis l'introduction d'une pensée révolutionnaire ou marxiste dans les colonies belges.

Le Parmehutu avait une orientation pro-coloniale et anti-socialiste. Kayibanda, inspiré par les encycliques papales, soutenait à fond le colonisateur. Sa révolution sociale consistait essentiellement à obtenir que la Belgique change de laquais : qu'au lieu de baser sa domination sur la race tutsi (lisez la petite bourgeoisie dite tutsi), elle choisisse comme allié la race (lisez la petite bourgeoisie) hutu. Harroy, qui a soutenu les partis hutu, note quelques chiffres qui permettent de dénoncer cette propagande sournoise, perfide, diabolique contre la caste tutsi et la colonisation hamite: Des quelques 300.000 individus étiquetés Tutsi en 1956, c'est à peine s'il s'en trouvait une dizaine de milliers à être impliqués directement dans le conflit naissant, parce que bénéficiaires de ces privilèges féodaux. Remarquons que Harroy fait semblant de ne pas savoir que les 10.000 Tutsi, appartenant à la petite bourgeoisie, bénéficiaient bien davantage de privilèges coloniaux que de privilèges féodaux...

La petite bourgeoisie Hutu pouvait uniquement s'emparer du pouvoir, si elle arrivait à rompre l'attachement des paysans aux autorités traditionnelles. Elle ne disposait que d'une seule arme dans cette bataille pour le pouvoir: l'arme du racisme anti-Tutsi. Elle a pu jouer à fond la carte du racisme parce que les autorités coloniales et religieuses l'ont soutenue dans cette entreprise. La petite bourgeoisie Hutu, qui n'avait reçu qu'une formation élémentaire et qui devra sa promotion au soutien du colonisateur, sera parfaitement soumise à l'ancienne puissance mandataire, la Belgique. Fin 1958, Gitera, l'idéologue de l'ethnisme hutu, avait déjà sombré dans un racisme délirant. Il se permettait de diffuser des tracts du genre: "Écoutez bien : les Tutsi ont égorgé, ils seront égorgés et c'est pour bientôt. ... ils l'auront cherché ... Libérons-nous de l'esclavage des Tutsi. ... Qui tue les rats ne doit pas avoir pitié de celle qui les porte. C'était déjà le langage des tueries aveugles qui aboutiront finalement au génocide de 1994."

Le même Gitera organisa, le 27 septembre 1957, un mois avant la révolution, une Fête de la Libération des Bahutu à l'égard de l'Esclavagisme Tutsi au Rwanda" . Dans un discours, il était dit: "La cohabitation du Mututsi avec le Muhutu est une plaie phagédénique, une sangsue sur le corps et un cancer dans l'estomac." Notons aussi que de nombreux Hutu étaient membres du parti nationaliste UNAR, l'Union Nationale Rwandaise. D'ailleurs, plusieurs Hutu étaient à la direction de ce parti, les plus connus étant François Rukeba, son président, et Michel Rwagasana,le secrétaire général... et cousin de Kayibanda. En 1959, au moment où l'UNAR a commencé la lutte pour l'indépendance immédiate, les évêques rwandais ont publié une lettre de mise en garde contre ce parti, presque dans les mêmes termes utilisés par l'Eglise pour combattre le parti du Lumumba au Congo.

"Ce parti semble vouloir monopoliser le patriotisme en sa faveur et dire que ceux qui ne sont pas avec lui sont contre le pays. Cette tendance ressemble au national-socialisme que d'autres pays ont connu. ... Nous sommes enfin obligés de vous signaler que des influences communisantes et islamisantes soutiennent ce parti et essayent de l'utiliser à des fins peu avouables. Et voilà que le parti tutsi, qualifié de féodal, est également accusé, en plus, d'être communiste, fasciste et islamiste, tout à la fois ! En fait, les accusations de certains pères blancs contre les Tutsi d'être des féodaux et en même temps des communistes furent très fréquentes au cours des années 1959-1964.

L'armée coloniale au service de la révolution hutiste

La révolution hutu de 1959 a commencé par le mensonge et l'intoxication. Le 1er novembre 1959, les racistes Hutu firent courir le bruit que le sous-chef hutu, Dominique Mbonyumutwa, avait été tué par des Tutsi. Immédiatement, des bandes commencèrent à brûler les huttes des Tutsi. Trois personnes furent tuées. L'émeute gagna rapidement l'ensemble du pays, toujours portée par le mensonge. L'autorité refusait de protéger les Tutsi attaqués et de mettre fin aux pillages, aux destructions et aux meurtres. Le roi et ses armées, les ingabo, s'y efforçaient.

Or les autorités coloniales avaient non seulement préparé la révolution, elles avaient aussi prévu la contre révolution. Elles avaient conçu un plan pour rétablir l'ordre en protégeant les bandes Hutu et en réprimant les interventions des hommes du roi. Harroy appelle contre-révolution les efforts du roi, l'autorité rwandaise supérieure, pour protéger ses sujets. Voici les déclarations de l'ancien gouverneur du Rwanda-Urundi: "Aux environs du 10 novembre, un considérable renfort de force publique (congolaise) a pu être mis en action sous le commandement du colonel Logiest. L'ordre fut rétabli, mais non pas comme l'annonçait l'UNAR en réprimant la révolution... mais en bloquant la contre-révolution. La contre-révolution aurait probablement réussi à atteindre ses objectifs sans l'action rapide et énergique de la Force Publique. La révolution rwandaise de novembre 1959 a donc été un phénomène insurrectionnel sous tutelle, suivi d'une phase de quelques mois de révolution assistée"

Le même Logiest dont il est question ici jouera un rôle important lors de l'agression belgo-américaine de 1964-65 contre les mulelistes au Congo. La contre-révolution mobutiste du 24 novembre 1965 était donc en quelque sorte la seconde révolution assistée à mettre à l'actif du néocolonialisme belge. La violence du Parmehutu contre les Tutsi a marqué toute la période 1959-1963. Beaucoup, sinon tous les chefs et sous-chefs, ont dû prendre la fuite, soit vers des camps à l'intérieur du Rwanda, soit en direction de l'Ouganda, du Burundi et de la Tanzanie. En 1961, on comptait 138.000 réfugiés dont 80.000 ne sont plus revenus dans leur foyer. On peut dire que toute la petite-bourgeoisie nationaliste a été déportée ou chassée. A partir de 1959, ce fut une politique réfléchie de la part du Parmehutu et de ses protecteurs belges de faire partir les chefs Tutsi. Ils furent remplacés par des Hutu qui purent distiller à volonté l'idéologie raciste pour se créer une base de masse. Les tueries de Tutsi sont allées crescendo au cours de ces années. Harroy estime qu'il y eut 200 morts en 1959 et entre 1200 - 2 000 en 1961. On en comptera plus de 15.000 fin 1963 - début 1964.

Les mythes hutu génocidaires. C'est en 1959 que pour la première fois s'est répandue l'idéologie raciste hutu qui s'en prend à tous les Tutsi qui, en tant que race, seraient des féodaux et des conquérants dominateurs. Le Tutsi devient un féodal, un conquérant et un membre de la minorité. Lors de l'installation de son premier gouvernement, le 26 octobre 1960, le chef du Parmehutu, Kayibanda, déclare: "C'est la démocratie qui a vaincu la féodalité. Un an plus tard, il dit: "Aux minorités, je demande le bon sens qui sait respecter les droits réels des majorités." La démocratie devient un mot-code pour la dictature ethnoraciste. Selon Kayibanda, la démocratie, c'est donner la liberté au groupe socio-ethnique hutu qui constitue 85% de la population. C'est en chantant ce refrain que quelques milliers de petits bourgeois hutu ont pris le pouvoir et se sont enrichis en se mettant au service du néocolonialisme.

Sur base de l'idéologie raciste, le génocide contre les Tutsi sera pour la première fois expérimenté, à une échelle locale, en 1964. Fin décembre 1963, il y eut quelques opérations peu importantes menées par des combattants de l'UNAR venus du Burundi. Le préfet de Gikongoro, Nkeramugaba, déclara: "Nous devons nous défendre. La seule façon, c'est de paralyser les Tutsi. Comment? Il faut les tuer. " A Gikongoro, 5.000 hommes, femmes et enfants tutsi furent exterminés avec des machettes, des lances et des massues. Des assassins Hutu coupèrent les seins d'une femme tutsi et les mirent de force dans la bouche de ses enfants. Les massacres de 1964 ont coûté la vie à au moins 15.000 Tutsi. Le philosophe Bertrand Russell déclara que ces tueries évoquent le souvenir de la barbarie nazie contre les Juifs. Trente années plus tard, cette expérience sera élargie à tout le pays...

L'organisateur des tueries, le préfet Nkeramugaba, a été récompensé pour ses crimes: en 1965, la population Hutu l'a élu démocratiquement à l'Assemblée nationale. Son slogan électoral était: "Si je ne suis pas élu, des accusations pourraient être portées contre vous; élu, je m'efforcerai d'empêcher toute enquête."! Kayibanda fut le véritable idéologue de l'ethnisme et du génocide, comme le montre son discours-programme du 11 mars 1964.

"Dans un passage absolument lugubre, Kayibanda s'adresse aux combattants de l'UNAR et leur dit ceci: "Les Tutsi restés au pays qui ont peur de la fureur populaire que font naître vos incursions, sont-ils heureux de vos comportements? Qui est génocidaire? ... Venons-en à votre avenir et à vos enfants. Nous vous conjurons de penser à ces êtres innocents qui peuvent encore être sauvés de la perte où vous conduisez votre groupe ethnique. Nous le répétons particulièrement à vous, Tutsi: votre famille vous impose des devoirs ... A supposer par l'impossible que vous veniez à prendre Kigali d'assaut, comment mesurez-vous le chaos dont vous seriez les premières victimes? Vous le devinez, sinon vous n'agiriez pas en désespérés! Vous le dites entre vous : ce serait la fin totale et précipitée de la race Tutsi. Qui est génocidaire ?"


Voilà la promesse que fit le très chrétien Kayibanda, l'ancien président de la Légion de Marie: " Si vous, les Tutsi, vous prenez Kigali, nous tuerons vos femmes et enfants, nous exterminerons votre race." Et ces mots figurent dans une édition officielle de ses discours! Cette phrase de Kayibanda a été utilisée systématiquement en 1990-1994 pour préparer les esprits au génocide contre les Tutsi. Barahinyura a été un des idéologues du CDR, le parti raciste extrémiste. En 1992, il publia un livre destiné à entraîner les masses Hutu dans les massacres contre les Tutsi. Comme argument de poids, il reproduit intégralement, sur huit pages, le discours de 1964 de Kayibanda. Au nom des Hutu, tous les crimes étaient permis, puisque les Hutu sont la majorité démocratique. Ainsi, à partir de 1990, on verra rivaliser différents partis hutu et celui qui fait la propagande ethnoraciste la plus mordante, a la meilleure chance de représenter la majorité démocratique. Rien de plus démocratique que le fascisme bien installé. Un professeur d'universié dira en 1993 : "Les Hutu, majorité démocratique, savaient que les monarchistes tutsi vivaient dans la nostalgie de reconquérir un jour leur suprématie." Par définition, la race hutu est la majorité démocratique et les Tutsi sont une minorité monarchiste, féodale et oppressive!

Le père blanc Gabriel Maindron, lui-même idéologue hutiste de choc, a osé écrire à propos du génocide de 1994 : "Quand on demandait aux Hutu pourquoi ils tuaient des enfants ... ils nous répondaient: "Nous devons éliminer la race Tutsi. Il y a eu la révolution de 1959, qui a supprimé les privilèges des chefs Tutsi. ... Pourquoi, trente ans après la révolution de 1959, avoir pris les armes pour à nouveau nous dominer? Pourtant, nous sommes la majorité - 85% - et les Tutsi sont minoritaires, 15%. Si nous n'éliminons pas tout ce qui est Tutsi, dans trente ans, ces enfants feront à nouveau la guerre pour tuer nos enfants et détruire notre pays."

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