Le
07 avril 2005 |
| Comme
à tous les ans depuis onze ans déjà, cette année
nous commémorons, pour la onzième fois, l'anniversaire
du génocide des tutsi du Rwanda ainsi que des hutu qui ont péri
pour avoir refusé de participer à cette bestialité.
Et comme chaque année, nous pleurons encore comme au 1er
jour, les témoignages fusent de tous les coins de la planète,
ils sont tout aussi émouvants et plus troublants, comme avant, comme
si rien n’avait changé depuis le premier jour du génocide,
en 1994.
Demain ce sera encore le 07… le sept avril 2005. Le compteur de mes jours de deuil, voir www.noublions-jamais.com/avertis.htm indique que 4 018 jours ont passé. Or, même si une maxime de la langue française dit que le temps pardonne tout et ne tolère jamais ce qui est fait sans lui, on dirait que ce principe ne s’applique pas sur notre cas. Bien sûr que rien n’a changé, rien ne changera d’ailleurs jamais tant qu’il y aura des survivants de notre génération. We are a lost generation. Il ne nous reste qu’à espérer du mieux pour ceux qui nous suivront; leur chance de s’en tirer avec moins d’ecchymoses sur le coeur dépend étroitement de notre comportement d'aujourd'hui, (individuellement et collectivement), dans notre quotidien. Que nous le voulions ou non, notre façon d’agir influence énormément les autres, surtout nos enfants, parfois de manière sournoise, ce qui peut se transformer en une autre catastrophe si les plus jeunes se mettaient à copier sur nous, pendant que notre vie (pour la plus part), n’est plus qu’une perte totale ambulante (excusez l’emploi des mots aussi durs). Même si on fait comme si… en travaillant, en riant, on a des ambitions, mais la réalité vue de très prêt, est lointaine de ce que les gens voient. C’est gros de dire ça, je dois le reconnaître, mais c’est ça qui reste de nous. a) Sur le plan individuel Je ne pense pas qu’on ait beaucoup changé depuis la dernière commémoration, à la même période : Les conséquences du génocide se manifestent de façon plutôt contradictoire et agissent différemment sur chacun de nous. C’est pourquoi il n’est quasiment pas possible de vivre dans les DEUX MONDES qui s’offrent à nous, qui sont totalement différents. L’ancien (notre vrai monde) et le nouveau (comme les deux Testaments). D’une part, nous ne parvenons pas à nous détacher de ce monde perdu, celui qui nous a vu naître quand l’herbe était encore verte, quand la vache donnait encore du lait blanc, le monde de nos ancêtres, de nos familles, de nos amis, qui ont tous été suppliciés en 1994. On n’arrive pas à s’en détacher, et ça ne sert même à rien de faire des efforts puisque ça ne peut pas marcher. Et même si ça pouvait marcher, ça correspondrait en d’autres mots, à renier le génocide. C’est clair, on ne peut pas faire ça, et personne ne réussira jamais à nous l’imposer ! D’autre part, nous ne parvenons pas à nous intégrer dans notre nouveau monde, peu importe où nous nous trouvons. Nous pouvons être chez-nous, dans notre propre pays le Rwanda, nous pouvons être encore dans notre pays d’asile, pour ceux ou celles qui sont encore à l’étranger, ça ne change rien à cette réalité. We simply don’t feat no where. Certains esprits tordus tireraient des conclusions hâtives et mesquines de ce monologue, ils auraient tort puisque je n'insinue rien du tout. Ce qui arrive, c’est que chaque chose, chaque geste, chaque parole, nous rappelle quelqu’un, UN QUELQU'UN QUI N’EST PLUS. Devant une situation donnée, surtout quand elle est croche, d’une façon ou d’une autre, on se cabre dès ce instant-là, on reprend le poil de la bête, on se sent banalisé et foulé aux pieds, on se ramasse comme sur une île déserte, on voit tout à travers un prisme déformant, l’angoisse envahit et prend possession de tout notre être, puis la révolte n’est pas loin, et on essai de FUIR. Fuir ! Fuir où ? Il n’y a qu’un seul endroit possible où on peut aller. C’est à l’intérieur de NOUS-MÊME, et ça fait beaucoup de dégâts quand on y arrive. Mieux vaut ne pas y aller, sauf que ça relève des choses qu’on ne contrôle pas vraiment ! S’habituer, s’intégrer, s’accommoder,
s’adapter, …..tant de mots qui disent la même chose,
mais qui ne signifient finalement rien, face à face avec notre
mémoire, avec nos mauvais souvenirs. De mon côté,
il ne se passe pas une seule journée, pas une seule depuis 1994,
sans que je ne me mette à penser à ma maman dont il ne me
reste même pas une photo, à mon père qui a passé
toute sa vie à aider les enfants des hutu voisins (abari barwaje
bwaki yakamiraga inka ze gratuitement, chaque jour et tout le temps),
qui lui ont pourtant récompensé d'une mise à mort
atroce, ainsi qu’à mes frères et à mes amis. Pour ce qui est de la mémoire, je peux me trouver chez-moi, je peux être sur la route comme cela m’arrive souvent, je peux être au bureau, à mon lieu de travail, rien n’y fait, l’ombre du mauvais souvenir flotte toujours dans ma tête, aho mba ndi hose. Mpora ndwana n’ikiniga mumutima, peu importe icyo naba nkora cyose. (- Umutima w'umuntu-) est un morceau de viande absolument inouï, il nous permet de vivre plusieurs vies à la fois, dans le même moment. Une chance, cependant, ce n’est connu que de NOUS-SEUL, à moins d’avoir réellement pété les plombs, ubundi nta n’uwajya atunywera ho amazi, car il m’arrive de soupçonner qu’on doit sentir la mort, tellement on y pense, je ne suis pas le seul. Abazungu bavuga ko la meilleure thérapie qui nous détache progressivement de nos mauvais souvenirs ari akazi. Nibyo, je crois que ça aide en effet. Être occupé, quand on a la chance de l’être, ça ne guérit pas nos plaies, aliko bituma tugabanya kwiheba no kugira ibitekerezo bibi. Bien-entendu, chaque personne a son espace de manœuvre qui lui est caractéristique, une espèce de cercle qu’on se trace autour et dans lequel on se débat POUR SURVIVRE à sa façon. Dépendamment de notre rythme et de quel pied nous dansons, certaines personnes ne peuvent plus rester longtemps dans leurs limites de manoeuvre. Sans le vouloir, MÊME SANS LE SAVOIR, ils empiètent chez leurs voisins, car ils ont besoin de plus d’espace pour se débattre. D'après moi, une seule explication est recevable : Ils dansent mal, même s’il est très délicat de le leur faire admettre. Certains piquent des crises de comportement de toute sortes en essayant de convaincre les autres que leur danse est la meilleure. C’est le genre d’individus qui s’opposent et interfèrent dans tous les débats, mais qui n’amènent, au bout du compte, aucun apport visible, ni réflexion positive à laquelle les autres pourraient s’accommoder. Pour ce type d’individu, tout ce que les autres font est mauvais, seul ce qu’il fait est correct. En connaissez-vous autour de vous ? Je n’en doute pas une seconde, il y en a partout. Est-ce que ça ne serait pas moi, dans mon milieu ? C’est probable ! Mais avant de l’affirmer, êtes-vous si sûr(e) que ce n’est pas plutôt vous ? Ubwo ndabwira abo tubana hafi na hafi. Well…Nous convenons d'une chose, ibyo mvuga bibaho, kandi biri henshi mu Banyarwanda no mu bandi bantu. C’est pourquoi il faut toujours lutter pour essayer de nous améliorer. Il n'y a pas pire aliéanation que de ne pas essayer de changer ce qui est mauvais, et de le remplacer par ce qu'on croit l'être moins. Cliquez ici pour voir une étude réalisée par un groupe de chercheurs sur le comportement des gens : Les conclusions auxquelles elle a abouti nous interpelle tous, à moins d'être vraiment endurci (umutima w'ibuye) comme dit la bible. Ces conclusions pourraient nous être très utiles dans notre cheminement vers un épanouissement et une meilleure ouverture qui semblent nous manquer vraiment ! Regardez bien les images qui suivent. Parmi les individus que vous voyez ci-dessous, retrouvez, SANS TRICHER, celui qui correspondrait le mieux à votre naturel. Si vous y arrivez, avec humilité, vous SAUREZ AUSSI CE QU'IL FAUT CHANGER EN VOUS. Vous m'en direz des nouvelles, et tant mieux si ça peut nous aider. Vous vous demandez probablement où je veux en arriver avec tous ces enseignements mal placés dans notre contexte du jour ? Vous n'avez pas tort, mes propos ne sont pas exclusivement appropriés à la journée d’aujourd’hui, mais les sujets que j’aborde, quant à eux, le sont. Il revient à chacun d’en tirer profit, car chaque commémoration devrait nous laisser un certain changement, comme on peut. Si ce n’est pas le cas, on tournera toujours sur place. D’après moi, CHAQUE MOIS D’AVRIL DEVRAIT NOUS APPORTER DE NOUVELLES DYNAMIQUES, ET NOUS LAISSER UNE OU DES RESOLUTIONS COLLECTIVES QUI NOUS ENGAGENT À ATTEINDRE UN BUT PRÉCIS AVANT LE 07 AVRIL SUIVANT. C'est là je voulais en venir, et je suis totalement convaincu que c'est la meilleure chose à faire. TOUS ENSEMBLE, NOUS COLLABORERIONS À UN PROJET PRÉCIS…ainsi nous aurions non seulement une meilleure vue d’ensemble dans la gestion de nos moments difficiles, mais nous nous tiendrions en mains aussi, collectivement, à la lumière des autres gens qui ont été suppliciés comme nous, LES JUIFS A L’OCCURRENCE, afin de nous éviter de croire qu’on est seul(e) dans notre épreuve, SURTOUT de faire des efforts de ne pas trop décourager les plus jeunes. Excusez-moi l’usage des mots atroces, mais j’ai envie de dire que si nous ne changons rien, ce serait une curieuse façon de perpétuer la mémoire, qui passerait plutôt pour une prolongation de la durée du génocide, au-delà de notre génération. C’est très égoïste de voir les choses sous cet angle-là, car nos enfants eux, devraient pouvoir vivre mieux que nous l’aurions été, leurs enfants encore davantage, de telle sorte que nos arrières petits enfants mèneraient une vie normale, moins tourmentée, et pour qui le génocide ne se résumerait qu'à la mauvaise mémoire évoquée par les symbols des anciens temps, les sites mémoriaux visuels dont j’espère qu'ils seront toujours dans le décor du paysage rwandais, jusqu’à la fin des temps. Ce n’est pas facile de détecter une perturbation comportementale chez les gens, par ce que c’est étroitement lié au caractère de chacun de nous. Or, tout peut changer chez l’homme, sauf malheureusement notre caractère. Je peux me tromper tout à fait, ceci est un champ de compétence qui n’est pas le mien, je ne fais que faire un constat de ce que je vois. Même si on ne change pas notre caractère, ENSEMBLE nous pouvons changer bien de choses. Nous pouvons, entre-autre, ADOPTER un comportement approprié à telle ou telle situation, prendre de bonnes décisions, poser de bonnes questions, nous fixer des principes de vision positive, adhérer aux résolutions et aux projets d'avenir pour nous, pour nos enfants et pour notre pays,... c’est faisable! Nous perdons beaucoup de temps dans des chicanes insensées, souvent sinon tout le temps, fondées sur notre ego, gushishoza guke, alors que c’est la dernière chose qui devait nous arriver. On est supposé être solidaires dans les conditions précaires qui sont les nôtres ! Plus il y aura des chicanes et des démêlées parmi nous, moins on aura des résultats twifuza kugera ho, parce qu'on s'affaiblit en nous isolant, en nous retouvant dans de petits groupes parfois minables, qui recherchent, presqu'en tout temps, à retrouver des gloires manquées, ou à engager des batailles et des confrontations perdues d'avance. Ingero ni nyinshi, ntanarumwe nirirwa mbaha, keretse mbigize article, ubwabyo byonyine. Pour arriver à adopter une vision d'ensemble, on ne doit même faire aucune concession. N'ukwemera kwitsinda gusa, ntakindi. C’est lié à la détermination no kugabanya EGO. Dukwiye kudohora situations zimwe na zimwe twese tuzi, aho tuba. Voilà ce que je disais plus haut, nvuga nti si les plus jeunes se mettent à copier sur nous, ils copieraient nos erreurs et les intègreraient, et ceci est non seulement irresponsablet, c’est quasiment criminel. Bref, reka mbifurize ikiriyo kivanze no koroherana muribyose no kuri twese, maze d'ici le 07 avril 2006 hazabe hari imigambi myiza twageze ho, twagejeje ho n'abandi. c’est à ce seul prix que nous vaincrons. Nos parents qui nous ont quittés et qui nous obsevent de là-haut, moi j'y crois, seront fiers de nos résultats, nos enfants hériterons de moins de nos erreurs, nos orphelins en profiteraient au maximum, et notre foi, si nous en avons, cesserait d'être uniquement sur la bouche, mais s'éteindrait sur les mains, pour se croncrétiser sur le terrain. Icyokora sinabura gushima, de tout mon coeur, Abanyarwanda ndetse n'Abanyamahanga bake bagishobora kwitanga, qui se sacrifient, bagakora imirimo myiza ijyanjye na mémoire yacu. Sacrifices zabo nubwo akenshi zihita inaperçus, nubwo abenshi babikorera muri conditions très éprouvantes, mwese muriyizi, Imana Ibahe umugisha. Vous n'avez pas besoin de remerciements de qui que ce soit, nta n'uwabategetse gukora ibyo mukora ubu, n'umutima wanyu wa kigabo mwisanganiwe...Mwireba rero kuruhande, nimureke abavuga bavuge, n'abaseka baseke, maze IBYO MUGISHOBOYE GUKORA MUBIKORE...Thank you ! |
Imana
Ibarinde mwese, kandi Ibahe kwihangana |